AU SALON
Et pendant ce temps-là, devant moi, solitaire Et pensif, sur un banc, les yeux baisses à terre, Noble vieillard par l'âge et le travail lassé,
Un favori d'hier, un grand peintre d'histoire, Vovant avec orgueil revivre son passé, Songe qu'il eut aussi ses heures de victoire.
;r Mai i8j6.
SO^d^dET
epuis longtemps, dis-tu, ma Muse n'a chanté, O ma Jeanne, et tu crois qu'elle est déjà flétrie, Que mon souffle est éteint et ma veine tarie, Puisque nul vers de moi n'a redit ta beauté!
Tu t'imagines donc que toi seule as dicté
Tous mes vers d'autrefois, que mon âme meurtrie
Par ton unique amour avait été guérie,
Et que tu régnais seule en mon cœur enchanté?
Ne te figure pas que tes yeux seuls m'inspirent, Belle et naïve enfant, que sans cesse ils m'attirent, Et que je pends mon luth après tes cotillons.
Nous n'avons pas toujours en tête une amourette; Sur bien d'autres sujets, Jeanne, nous travaillons; Et jamais l'amour seul n'a pu faire un poète!
Il8 CONSEILS POUR BIEN VIVRE
CONSEILS TOU\ VIE^t VIVT{E
vDouviens-toi que tu n'es qu'acteur
Sur cette scène de la vie;
Ton destin dépend de l'Auteur.
Garde-toi de porter envie
A ceux dont le rôle paraît
Plus agréable ou plus tranquille :
Peut-être qu'il te semblerait,
Si tu l'avais, bien moins facile!
Dis-toi donc que tu n'y peux rien,
C O N S I I I S I'hUR bien vivre
Et contente-toi de ton rôle.
Sois honnête, remplis-le bien :
Sois joyeux et gai, s'il est drôle; Résigné, s'il est ennuyeux; Prends-le toujours au sérieux.
Bref, acquitte-t'en pour le mieux :
C'est le seul moyen d'être heureux !
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SOPCC^ET
J e n'ai jamais aimé ces chantres doucereux, A chanter leurs amours qui consument leur vie, Qui sont tristes ou gais, suivant la fantaisie D'une femme adorée, et qui sont ennuyeux.
Ils n'ont pas bu, ceux-là, ton nectar généreux, Art sacré d'Apollon, divine Poésie!
Ils n'osent de leur lèvre approcher l'ambroisie Qui brûlerait leur sang trop pauvre de ses feux.
Mais, comme on m'avait dit et répète sans cesse Que toujours un poète avait une maîtresse, J'en voulus avoir une, et chantai ses appas :
Qu'ils me soient pardonnes, ces vers, triste pâture Pour vous, ami lecteur! Désormais, je le jure, S'il m'arrive d'aimer, je ne le dirai pas!