AUX ALLEMANDS I ) I
Mais, hélas! Allemands, c'est notre faute, à nous, Si vos grands pieds si lourds ont foulé notre France! C'est parce qu'autrefois vos pères à genoux Ont éprouvé notre clémence;
C'est que nous avons eu notre moment d'erreur, Lorsque victorieux, grand comme Charlemagne, Alors qu'il la tenait mourante, l'Empereur N'a pas achevé l'Allemagne!
Puissions-nous nous baigner du moins dans votre sang! Puissions-nous dignement racheter notre faute! Et sur vos corps maudits, d'un élan tout-puissant, Marcher triomphants, l'épée haute!
Oh ! puissions-nous bientôt voir venir le moment Où, sur toi déchargeant nos sanglantes colères, Nous irons te prouver, ô bon peuple allemand, Que nous t'aimons comme des frères!
32 PORTRAIT
TOT{7'I{o4IT
o m m e une jeune Infante, au mince et long corsage, Au coup d'œil à la fois hautain et sérieux, Au dédaigneux maintien, à l'air religieux, Dont rien ne peut troubler le calme et pur visage,
De ton regard éteint, froid et silencieux, Tu glaces les mortels, déesse au blanc nuage, Ou bien, reine, chacun s'écarte à ton passage : Car l'on croit voir toujours le mépris dans tes yeux.
PORTRAIT
Comme le nautonier sur sa barque rapide Se penche lentement, et dans l'onde limpide D'un grand lac azuré plonge son œil profond.
Ainsi j'ai regardé dans tes noires prunelles, Hélas! et je n'ai vu qu'un abîme sans fond, Une froideur sans fin, des neiges éternelles!
'ou viens-tu? — me dit-on souvent, Toi dont le visage est si pâle Que tu n'as pas l'air d'un vivant?
La mort t'a couvert de son hâle; Ta voix, semblable aux pleurs du vent, Retentit, sombre comme un râle!
ns
— Je viens du pays de douleur, Où j'ai perdu toute espérance, J'arrive du pays sans fleur, Du noir pays de la souffrance :
C'est de là que vient ma pâleur Et mon air froid d'indifférence!
— D'où viens-tu, cœur dénaturé, Homme d'airain, morne et farouche, Toi dont l'oeil n'a jamais pleuré, Homme glacé, toi dont la bouche Sur rien jamais n'a murmuré, Toi que nul mal humain ne touche?
— Je viens du pays de douleur, Où j'ai perdu toute espérance, J'arrive du pays sans fleur, Du noir pavs de la souffrance :
C'est de là que vient ma pâleur Et mon air froid d'indifférence!
-- De tout désir tu parais las,
Ton esprit n'est plus sur la terre!
Homme fort, dirige nos pas
Et révèle-nous ce mystère :
Pour ne plus rien craindre ici-bas,
Dis-nous, dis-nous ce qu'il faut faire!
— Allez au pays de douleur, Où vous perdrez toute espérance, Allez dans le pays sans fleur, Dans le pavs de la souffrance :
Vous y gagnerez ma pâleur Et mon air froid d'indifférence!
e crois que Dieu, quand je suis né.
Pour moi n'a pas fait de dépense, Et que le cœur qu'il m'a donné Était bien vieux, dès mon enfance.
Par économie, il logea Dans ma juvénile poitrine Un cœur ayant servi déjà, Un cœur flétri, tout en ruine.
11 a subi mille combats,
Il est couvert de meurtrissures,
Et cependant je ne sais pas
D'où lui viennent tant de blessures.
11 a les souvenirs lointains De cent passions que j'ignore, Flammes mortes, rêves éteints, Soleils disparus dès l'aurore.
Il brûle de feux dévorants Pour de superbes inconnues, Et sent les parfums délirants D'amours que je n'ai jamais eues!
O le plus terrible tourment!
Mal sans pareil, douleur suprême, Sort sinistre! Aimer follement, Et ne pas savoir ce qu'on aime!
DERN IERS VERS I }Ç
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