‹ PoésiesChapitre 6 sur 58 · PRÉFACE DE LA SECONDE EDITION · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE LA SECONDE EDITION

J'ai déjà trop dit ce que j'en pensais au point de vue du talent littéraire qui s'y révèle pour vouloir y revenir encore. Mais ce qui me frappe surtout à présent, ce n'est pas la virtuosité extraordinaire de l'enfant qui les a écrits, ce n'est pas l'originalité de sentiment de certaines pièces déjà si personnelles, ce n'est pas non plus ce frisson singulier qui semble passer comme un funèbre pressentiment à travers leurs rimes juvéniles, non! c'est l'impression de la vie, je ne sais quelle lumineuse clarté, cette qualité enfin si rare, si difficile à définir, et qui fait dire en parlant d'un tableau de maître : il y a de l'air dans cette toile.

Oui! il y a de l'air dans ces vers ; rien de terne, rien de gris, rien de conventionnel! Un souffle vivant y circule, et leurs tristesses mêmes ont quelque chose de si jeune qu'elles font involontairement songer à des images printanières : ce sont des tristesses d'Avril. — Et comme ces timides flo-

PRÉFACE DE LA SECONDE ÉDITION l)

raisons d'Avril qui nous apportent déjà le printemps tout entier dans leurs promesses, de même ces poésies de la dix-huitième année nous disent déjà ce qu'eût été l'œuvre du poète qu'elles annonçaient.

Comme je la sens, comme je la devine, cette œuvre dont la mort a brutalement entravé réclusion, combien elle eût pu être grande et relevante au milieu de l'abaissement de notre idéal! Mais aussi quels douloureux regrets nous éprouvons devant ce livre arrêté à ses premiers feuillets, devant « ce monument interrompu, plus triste qu'une « ruine ».

Regrets pour nous, non pour le poète; car sa route, lumineuse pour les autres, est d'ordinaire sombre et douloureuse pour lui-même. Ne le plaignons donc pas, celui qui est parti en plein rêve, en pleine croyance. La mort l'a enlevé à temps aux amertumes, aux défaillances, à toutes les banque-

Page 1