‹ Poésies inéditesChapitre 45 sur 82 · SÉLIM, SUITE · texte numérisé non relu

SÉLIM, SUITE

OSMIN, entrant sur la scène.

Dieu ! qu'est-ce que je voi ?

Dieu ! j'écoutai trop tard mes secrètes alarmes : Zoraïde à genoux et répandant des larmes!

Quoi ! La fille d'Osmin a pu s'humilier.

Aux pieds de ces chrétiens, jusq,u'à les supplier! Quoi ! mon sang devant eux s'abaisse à la prière !

ZORAÏDE. 155

Pcux-tu donc à ce point déshonorer ton père, Toi, ma fille, oh ! jadis l'honneur de mes vieux jours ! Ces monstres à ta voix ont-ils pu rester sourds? Est-il vrai?... Qjie veut dire un si morne silence?

(S'avaiîçant vers Conrad)

Toi, dont ma fille ici désira la présence,

Toi que sans ses désirs je n'eusse jamais vu

Qjie du haut de nos murs où je t'ai combattu,

Parle enfin, éclaircis ce funeste mystère:

De l'dme d'un chrétien que faut-il que j'espère?

Quel parti choisis-tu? Viens-tu pour m'insultcr,

Pour outrager ma fille ou pour la mériter?

CONRAD

Je viens plaindre près d'elle un destin trop sévère Qui me rend malgré moi l'ennemi de son père.

Mais, quel que soit le prix qu'elle puisse m'ofFrir, S'il faut trahir mon Dieu, je ne puis l'obtenir.

OSMIN

lit tu peux dans ces murs affronter ma vengeance ?

CONRAD

Je ni*y crois sans péril quand j'y suis sans défense.

OS MIN

Ainsi donc tu viendras jusque dans ce palais Porter sur nos malheurs des regards satisfaits > Et) flétrissant l'honnsur de toute md famille^

Par d'odieux mépris insulter à ma fille I

Tu viendras lâchement, dans son cœur abusé.

Retourner le poignard par tes mains aiguisé,

Jouir de sa douleur, t'abreuver de sa honte,

Et, bravant un courroux que ton audace affronte,

Tu croiras qu*on y doive impunément souffrir

Ce que ce bras vengeur eût déjà dû punir!

Non, je sais me venger partout où Ton m*offcnsc.

J*ai promis en ces lieux de souffrir ta présence.

Mais je n'ai pas du moins promis d'y supporter

Les insolents défis dont tu viens m'insulter.

CONRAD

Votre courroux, Seigneur, vous trouble et vous égare. Je suis votre ennemi, mais non pas un barbare; Au malheur généreux je n'insultai jamais.

Et souffre le premier des maux que je vous fais.

(Se tournant vers Zoraîde)

Je n'ai pas dû d'Osmin attendre un tel langage; Mais mon cœur à vos maux pardonne un tel outrage. J'aurais voulu, Seigneur, mourir en vous servant; Je vais mourir du moins, mais en vous combattant. Adieu, Madame, adieu!...

(Il vent sortir)

GSM IN, furieux.

Non, non, cruel! arrête, Il y va de tes jours, il y va de ta tête !

De ces murs menacés tu ne sortiras pas.

ZORAÏDE. 137

CONRAD

Et qui donc oserait y retenir mes pas?

OSMIN

Moi.

^CONRAD

Se peut-il, Seigneur?

ERNIiST.

O trahison !

OSMIN

Perfide !

Tu ne pourras du moins...

CONRAD

O crime I ô Zoraïde !

Est-ce donc là la foi que j'attendais de vous ?

ZORAÏDE

Mon père, écoutez-moi. Je tombe à vos genoux. Reprenez vos esprits. O ciel! Qu'allez-vous faire?

OSMIN

Je vais ou vous sauver ou venger vptre père:

Le parjure à mon bras ne peut plus échapper Q.u*en détournant le coup dont il t'allait frapper.

« ZORAÏDE

Quoi I vouspourriez, Seigneur, voussauverpar un crime ?

id

OSMIN

Contre un tel ennemi tout devient légitime:

Je ne me pique pas du scrupule insensé

De garder une foi dont ils ont abusé;

Et des brigands armés contre l'Asie entière

Sont étrangers chez nous aux saints droits de la guerre.

Nous attaquant sans droit, nous ne leur devons rien ;

Et l'on n'est point perfide en trompant un chrétien.

(S'avançant vers Conrad)

Orgueilleux ennemi dont la fière insolence Te flattait de tenir Osmin en ta puissance, Toi devant qui ma fille a pu s'humilier, Cet Osmin outragé te fait son prisonnier.

Change, si tu veux vivre, un imprudent langage; Songe que dans ces murs tu n'es plus qu'un otage, due ton sort m'est garant du parti des chrétiens, Et que tes jours ici me répondent des miens I

CONRAD

Eh bien 1 frappez, Seigneur! frappe, sultan perfide I La mort est un bienfait à qui perd Zoraïde.

Et celui que ses pleurs n'ont pas pu désarmer Des menaces d'Osmin ne peut plus s'alarmer.

Que m'importe de perdre une odieuse vie Que vous abrégea peu par votre perfidie 1 J'aurais cherché moi-même, en in'ofFrant à vos coups, Une mort aussi prompte et plus digne de vous. Mais, puisque trahissant une foi qui vous gêne Vous n'écoutes, Seigneur, que votre aveugle haine,

ZORAÏDE. 139

Puisque si lâchement vous souillez vos lauriers, N'espérez pas du moins que mes lâches guerriers, Pesant dans la balance un homme et la patrie, Mettent un si grand prix à conserver ma vie : Je ne suis que leur chef et qu'un soldat comme eux. Mon salut ou ma mort ne sont rien à leurs yeux. Le Dieu dont leurs exploits veulent venger la gloire Leur ordonne à tout prix d'acheter la victoire, Et leurs cœurs ne verront dans mon propre danger Q.u-'un forfait à punir ou ma mort à venger!

(On entraîne Conrad)

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