SCÈNE PREMIÈRE
MEDÉE, seule.
Qu'entends-je? Quels transports autour de ee palais!
Hélas î peuple aveuglé, sais-tu ce que tu fais?
A l'autel de la mort tu conduis la victime.
Hâtez-vous, hâtez-vous de consommer le crime !
Dieux vengeurs! mon courroux, vous l'avez bien servi!
Mais pourquoi ce spectacle, hélas! m'est-il ravi?
Je l'aurais vu... j'aurais joui de mon ouvrage :
Peut-être cette vue eût assouvi ma rage.
Que dis-je? Non, ce cœur, de vengeance altéré,
Ne les a point encore assez désespérés...
Je te réserve un coup plus digne de Médée !
Ton sang! ton propre sang!., abominable idée!
Fureur, effroi, pitié, qui venez me troubler,
Éloignez- vous, fuyez, vous me feriez trembler!
Moi, trembler! Et de quoi? Pourquoi donc tremblerais-je?
MEDEE. 67
Quelle vaine terreur en ce moment m'assiège? Pour la première fois je me sens effrayer : Est-ce un premier forfait que je vais essayer? Mes crimes n'ont-ils pas trop comblé la mesure, Et crains-je d'offenser les dieux ou la nature? La nature ! En ce jour je prétends la venger... Et vous, vous que ma main ne craint pas d'outrager, Impitoyables dieux qui, depuis ma naissance, M'avez de crime en crime entraîné sans défense, Vous à qui les mortels ne peuvent résister, Puisse ce dernier coup enfin vous contenter!