‹ Poésies inédites de LamartineChapitre 25 sur 82 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

MEDÉE, seule.

Qu'entends-je? Quels transports autour de ee palais!

Hélas î peuple aveuglé, sais-tu ce que tu fais?

A l'autel de la mort tu conduis la victime.

Hâtez-vous, hâtez-vous de consommer le crime !

Dieux vengeurs! mon courroux, vous l'avez bien servi!

Mais pourquoi ce spectacle, hélas! m'est-il ravi?

Je l'aurais vu... j'aurais joui de mon ouvrage :

Peut-être cette vue eût assouvi ma rage.

Que dis-je? Non, ce cœur, de vengeance altéré,

Ne les a point encore assez désespérés...

Je te réserve un coup plus digne de Médée !

Ton sang! ton propre sang!., abominable idée!

Fureur, effroi, pitié, qui venez me troubler,

Éloignez- vous, fuyez, vous me feriez trembler!

Moi, trembler! Et de quoi? Pourquoi donc tremblerais-je?

MEDEE. 67

Quelle vaine terreur en ce moment m'assiège? Pour la première fois je me sens effrayer : Est-ce un premier forfait que je vais essayer? Mes crimes n'ont-ils pas trop comblé la mesure, Et crains-je d'offenser les dieux ou la nature? La nature ! En ce jour je prétends la venger... Et vous, vous que ma main ne craint pas d'outrager, Impitoyables dieux qui, depuis ma naissance, M'avez de crime en crime entraîné sans défense, Vous à qui les mortels ne peuvent résister, Puisse ce dernier coup enfin vous contenter!

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