‹ Poésies inédites de LamartineChapitre 68 sur 82 · HYMNE · texte numérisé non relu

HYMNE

Lorsque mon cœur, noyé dans des flots d'amertume, S'agite en moi, grossi de pleurs lents à couler. Comme une mer qui s'enfle et jette son écume Sur le sable désert où Dieu la fait rouler,

Mon cœur cherche une voix pour gémir avec elle! Les tlots en ont, les vents aussi, mais l'homme, hélas! 11 n'a qu'un Iriste écho de sa plainte immortelle Qui résonne en lui-même et ne console pas!

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Souffle de mon printemps, mélodieux génie,

Qui n'étais dans mon sein qu'amour et qu'harmonie.

Je te rends grâce ici d'être encor descendu

Sur mon luth négligé que l'âge a détendu !

Jamais l'aile de feu de ton divin délire

D'un vol plus embaumé n'a caressé ma lyre ;

Jamais l'écho des vers que ta voix m'a dictés

N'a résonné plus juste à mes sens enchantés!

Hélas! depuis longtemps ta grâce m'abandonne!

Tu fuis vers d'autres fronts, et mon cœur te pardonne

Le cygne harmonieux dont les tendres accords

Des fleuves paternels font retentir les bords

Abandonne de même à leur triste silence

Les eaux dont un long cours ternit la transparence ,

Ou le fleuve orageux, prodigue de ses Ilots,

Qui se brise en écume et trouble ses échos;

Mais, remontant aux lieux où l'onde a sa descente.

Il cherche un lit paisible, et la source naissante,

Et le lac étendant sou flot brillant et pur

Où son vol réfléchi se double dans l'azur.

Mais, quoique un front plus jeune ait des faveurs plus chères,

Ah! reviens quelquefois, de tes ailes légères,

Effleurer ces cheveux où ton vol incertain

S'est posé tant de fois dans mon riant matin!

Je ne demande pas ces sources d'harmonie

Où ta main généreuse abreuve le génie.

Ni ces chants qui, forçant l'oreille à retenir.

Font retentir longtemps l'écho de l'avenir;

Mais, si mon sein encor que la nature enflamme

Cherche une voix de plus pour exhaler mon aine,

Si le nom d'un ami devant moi prononcé

Soulève tout à coup la cendre du passé,

Si ma voix, dont son cœur a la longue habitude.

Peut réjouir encor sa chère solitude,

Ne me refuse pas un souvenir touchant ;

Mais, comme un doux rayon échappé du couchant

A travers le lointain des nuages qu'il dore

Vient recueillir la voix de l'oiseau de l'aurore,

Rends aussi, rends un son à mon luth oublié.

Doux comme le regret dune antique amitié!

Florence, lu avril 1828.

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