‹ Poésies inédites de LamartineChapitre 70 sur 82 · SUR UN ALBUM · texte numérisé non relu

SUR UN ALBUM

Dans ce cimetière de gloire, Vous voulez ma cendre. A quoi bon ?

Pendant que j'inscris ma mémoire Le temps pulvérise mon nom.

Si le temps, pour montrer jusqu'où \;i sou empire, Pulvérise en effet le beau nom que voilà, Qu'il daigne, sur les vers que j'ose encore écrire, Jeter un peu de cette poudre-là !

BÉRANGKR.

Celui qui créa la nature Connue un spectacle pour ses yeux Prête l'oreille au grand murmure Que les mondes font dans les cieux.

Il aime l'ouragan qui vibre

Dans les mats sifflants des vaisseaux,

Et le mugissant équilibre

Que prend la nier avec ses eaux.

Son oreille jouit d'entendre Dans le Vésuve aux sombres lianes, Comme un feu veillant sous la cendre, Grandir le foyer des volcans.

Ihh POESIES INÉDITES.

Sous la feuille où l'oiseau se berce Et chante quand l'étoile a lui, La source murmurante verse A chaque goutte un son pour lui.

Les grandes et petites choses Résonnent dans l'hymne éternel; La chute des feuilles des roses Va retentir jusqu'à son ciel.

Mais il est un bruit de la terre, Plus sonore et plus triomphant, C'est ton nom, ô Dieu de mystère, Balbutié par un enfant !

•29 janvier 1841.

Cachez-vous quelquefois dans les pages d'un livre Une fleur du matin, cueillie aux rameaux verts; Quand vous rouvrez la page après de longs hivers, Aussi pur qu'au jardin son parfum nous enivre. Après ces jours bornés qu'ici mon nom doit vivre, Qu'une odeur d'amitié sorte encor de ces vers !

Paris, avril lS'i I .

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