A MLLE CAMILLE DE FORAZ
NÉE EN CHABLA1S, FIANCÉE EN BOURGOGNE ijl'l ME DEMANDAIT MON PORTRAIT
J'errai tout un été dans ton frais paysage,
Poursuivant d'un cœur jeune un rêve aérien. Le rêve avait tes traits, tes yeux, ta voix, ton âge; .Mais tu n'étais pas née, et je n'embrassai rien !
Fleur des glaciers natals, que tu tardas d'éclore ! L'ange qui marque l'heure à chaque floraison. Jaloux de nos regards, te disait : Pas encore !... Quand il neigeait sur nous, tu perçais la gazon.
Celui qui t'attendait à ta première feuille Revient à la vingtième et s'en laisse éblouir. Que le jour la respire et que la nuit la cueille, Se dit-il, je l'ai vue, admirer c'est jouir !
Et maintenant l'amour à ta tige l'enlève Et t'apporte fleurir tout près de mon tombeau ; Mais au dernier sommeil ne faut-il pas son rêve', Sois le pavot du Gange, et fais-moi rêver beau !
Viens, sois heureuse au sein de l'époux qu'on envie ! Que, sur vos deux cadrans dont l'ombre fait le tour, L'aiguille fugitive après qui fuit la vie S'arrête à la même heure en arrêtant l'amour !
Mais, au pays de lame où du moins rien ue change, En songe laisse-moi te revoir trait par trait; De nos illusions faisons un doux échange : Tu nie donnas le rêve, accepte le portrait î
Château de Saint-Point, 20 janvier 18G1 .
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