‹ Poésies inéditesChapitre 47 sur 88 · UNE NUIT DE MON AME · texte numérisé non relu

UNE NUIT DE MON AME

^^AR un rêve dont la flamme Eclairait mes yeux fermés, La nuit emporta mon âme Où dormeni nos mortj^ aimés.

Sous ma fervente lumière Le sol tressaille et se fend, Et je ressaisis ma mère Qui renaît pour son enfant !

^ Tu viens donc ! » dit la chère ombre Dont la voix m'ouvre le cœur ; « Tu sais donc qu'en ce lieu sombre Tout spectre attend le bonheur ?

Viens, ne crains pas leur silence Ni leurs yeux ouverts sans voir, Le sommeil qui les balance N'a de vivant que l'espoir.

L'espoir, ô ma bien-aimée, Sève qui remonte à Dieu.

Vigne enanteel parfumée Qui fleurit, uiônie en ce lieu ; L'espoir, cette étreinte immense Qui joint tous les univers, Ne sens-tu pas «ju'il commence D'unir au moins nos revers ?

Comme aux chaleurs d'une serre L'homme fait germer ses fleurs, Le trépas qui nous enserre [ci fait germer nos cœurs.

A travers le dernier voile Tendu sur l'autre avenir Nous voyons la double étoile De l'aube et du souvenir.

Que de sources éternelles Dans ces lointains toujours beaux Que d'arbres aux fleurs nouvelles Sur ces roules sans tombeaux \ Vois que d'immortelles vies Te recevront avec moi :

Vois que de mères suivies D'enfants aimés comme toi !

Sous une forme reprise

El qui nous ressemblera,

Avec un cri de surprise

Chacun se reconnaîtra.

H Quoi, c'est lui ! c'est loi ! c'est elle!

Retentira de partout,

Et l'on proclamera belle

La mort vivante et debout !

Jette donc loin des colères Contre d'innocents ingrats; Le flambeau dont tu t'éclaires Te voit si tendre en mes bras.

Cesse d'essayer la haine, Faite pour la mépriser :

C'est perdre à river ta chaîne La force de la briser.

Adieu, fille de mes larmes,

Revue à force d'amour,

Quand le temps rompra ses armes,

Tu me suivras au grand jour.

A Ion épreuve asservie,

Va plaindre les plus souffrants,

Et pour gagner l'autre vie, Retourne avec les mourants. »

L'ombre alors pressa ma lèvre D'un baiser lent et profond Qui d'une indicible fièvre Fait encore battre mofi front.

Montez, mon humble courage.

Sous les insultes du sort :

J'irai plus haut que l'orage Dans les ailes de la mort !

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