LE CHIEN ET L'ENFANT
'nfant, d'une pierre lancée Ne blesse pas le chien courant!
Que savons-nous si la pensée N'anime pas ce corps errant?
Peut-être un grand instinct le presse Vers la prison qu'il sent là-bas....
Enfant, n'ayons qu'une caresse Pour le chien qui ne nous mord pas !
Gardien de nos maisons ouvertes.
Sentinelle de vos berceaux, C'est l'ami qui des tombes vertes Visite les froids arbrisseaux.
Là, de son passé qui l'oppresse A qui donc se plaint-il tout bas?
Enfant, n'ayons qu'une caresse Pour le chien qui ne nous mord pas.
Hôte de la pauvre chaumière Où s'éteignent d'humbles vieillards, De l'aveugle il est la lumière, Eclairant ses mornes hasards.
Par sa vigilante tendresse, Vois comme il avertit ses pas ?
Enfant, n'ayons qu'une caresse Pour le chien qui ne nous mord pas.
Si le glaive ardent de la guerre Frappe son maître tout armé, Si la sentence militaire Brise un front qu'il a tant aimé.
Perçant la foule qui s'empresse, Il fait pleurer les vieux soldats...
Enfant, n'ayons qu'une caresse Pour le chien qui ne nous mord pas.
RENGOiXTRE DTNE CHEVRE ET DTNE BREBIS,
ardon! n'est-ce pas vous que j'ai vue une fois? » Dit, en faisant la révérence, La chèvre à la brebis de chélive apparence, Liée et seule au bord d'un bois.
« Vous étiez, si c'est vous, si charmante et si folle Qu'en vous voyant ainsi je n'osais vous parler. J'accusais ma mémoire, et j'allais m'en aller Sans vous adresser la parole. »
Et la brebis, levant sa tête avec effort,
Bêle ce sanglot de son âme :
— «Vous ne vous trompez pas; c'est... c'était moi, madame;
Et me voilà !.... voilà le sort.
« Quand j'étais blanche et rose, on m'a beaucoup parée. Aux fêles du printemps on m'habillait de fleurs; On me laissait brouter sur de tendres couleurs. Et je me croyais adorée.
« L'eau filtrant du rocher pour laver ma toison
Ne semblait jamais assez claire; Oh! madame, c'est doux! oui, c'est si doux de plaire
Qu'on n'en cherche pas la raison.
« Je dansais à la flûte une couronne en tête ; J'en faisais mon devoir et ma cour au pasteur. Je buvais dans sa tasse, intrépide, sans peur, Et ses festins étaient ma fête.
« Tout changea. Le pasteur, las de m'être indulgent,
Me fit traîner au sacrifice.
Toutefois un enfant me sauva du supplice
Alors qu'on allait m'égorgeant.
« La pitié'... Je le crois, mais on m'ôta ma laine, Ma sonnette d'argent, mes flots de rubans verts. Ma liberté, ma pari dans ce bel univers. Et le doux lait dont j'étais pleine.
« Je fus liée... » — « Horreur ! Ah ! j'aurais tant mordu,
Tant bondi pour casser ma corde, Tant bramé vers le ciel : « A moi ! Miséricorde !
Que mon droit m'eût été rendu.
« Alix cris (le rinnoccncn il fniil que Dieu réponde! Oui, niadanie, on m'égorge: il doit me secourir. Il doit me délier, moi, faite pour courir
Toutes les monlagnes du monde! »
Le nez de la brebis se baissa consterné. Humble aux bonneurs, douce au martyre, Sou cœur saigne et pourtant sa plainte se retire De la chèvre au front étonné.
— « Quoi ! vous ne sautez pas contre un sort si funeste? Que votre âme est molle et lente à s'enflammer ! »
— « La haine corromprait le bonheur qui me reste. »
— «Hé, mon Dieu ! quel est donc votre bonheur? » — «D'aimer.»