A MADEMOISELLE MARS
fille de Molière ! 0 voix de son génie ! Va rendre à Ion anleiir sa plus pure harmonie. Mais si tu veux parfois redescendre en ce lieu, Oh ! parle, parle eiicor, lu l'obliendras de Dieu !
Rien ne t'a résisté, rien, pas même l'envie : Honteuse, elle a pleuré quand lu quittas la vie. Ah! tout pleurait! Ainsi, pour désarmer la mort, Si tu veux nous revoir, oh ! parle, parle encor ! ^
' Mots de Valérie, prunoncés par Mlle Mars avec son accent inoubliable.
LE SOLEIL LOWrAlN.
A Madame MARIE D'AgoULT.
I^^UAND VOUS m'avez écril lout ce que femme ou mère
Ecrira de plus doux, Je me plaignais, Madame, à celle vie amère :
Je lui parlais de vous ;
De vous donl Tespril pur, donl la grâce rêveuse,
Dont les regards charmants Ont versé leurs rayons sur moi, pale couveuse
D'immobiles tourments.
Triste, je demandais à la force voilée
Qui nous plie à genoux, Pourquoi, presque divine, ô jeune âme étoilée,
Vous pleurez comme nous.
Elle aussi, lui disais-je, elle aussi, sous ses roses,
Sous ses longs cheveux d'or, A l'heure où le sommeil assoupit toutes choses,
Demande si l'on dort !
Elle aussi, quand la liinc argoiilc sa foiiêln',
Cherche Sun heure au ciel; Et quand tous les plaisirs semhlenl l'avoir fail naître,
Dit que naître est cruel.
Pourquoi souffler en nous, argile sans pensée,
La pensée et le jour, Pour nous détruire ainsi, l'âme à tout coup blessée
Par la mort, et l'amour?
0 vie ! ô fleur d'orage ! o menace ! ô mj'stère !
0 songe aveugle et beau !
Réponds : ne sais-lu rien en passant sur la terre
Quêta route au tombeau?
— « Ingrate, a dit la vie, h qui donc l'espérance.
Fruit divin de ma fleur?
Vous retournerez-vous vers un jour de souffrance,
Dans l'éternel bonheur?
« Si vous n'entendez pas lanl de voix éternelles,
Que sert de vous parler?
Vos pieds sont las, pliez ! Dieu vous mettra des ailes,
Et vous pourrez voler.
De vos fronts consternés, mères inconsolables,
Les cyprès tomberont, Qnand pour vous emmener, messagers adorables.
Vos enfants descendront.
« Vos sanglots se perdront dans de longs cris de joie,
Quand vous verrez la mort Bercer aux pieds de Dieu son innocente proie.
Comme un agneau qui dort.
« La mort, qui reprend tout, sauve tout sous ses ailes,
Sa nuit couve le jour.
Elle délivre l'âme, et les âmes entre elles
Savent que c'est l'amour ! »
Ainsi, Madame, allons! L'augure a trop de charmes
Pour n'être pas certain :
Allons! Et dans la nuit tournons nos yeux en larmes
Vers le soleil lointain !
^^.^-tr-<^($jy-?^--
MADAME EMILE DE (ilRARDIN
âv^^A mort vient do frjippor les plus beaux yeux du inond< Nous ne les verrous plus (|u'eu saliranl les cieux. Oui, c'est aux cieux, déjà ! que leur grâce profonde Comme un aimant d'espoir semble attirer nos yeux.
Belle étoile aux longs cils qui regardez la terre, N'êles-vous pas Delpbine enlevée aux flambeaux, Ardente à soulever le splendide mystère Pour nous illuminer dans nos bruyants tombeaux ?
Sa grande âme ingénue avait peur de la joie. Lucide et curieuse à l'égal des enfants, Du long regard humide où le rire se noie. Elle épiait les pleurs sous les fronts triomphants.
Albert Durr l'avail vue à l'élude penchée, Au monde inti-rieui' où lui seul pénétrail. Quand sa mélancolie éternelle et cachée Dans un ange rêveur la peignit Irait pour Irait.
Son enfance éclata par un cri de vicloiro. Lisant à livre ouvert où d'autres ëpelaieiit, Elle chantait sa mère, elle appelait la gloire, Elle enivrait la foule.... et les femmes tremblaient.
Et charmante, elle aima comme elle était : sans feinte, Loyale avec la haine autant qu'avec l'amour. Dans ses chants indignés, dans sa furiive plainte, Comme un luth enflammé son cœur vibrait à jour!
Elle aussi, l'adorable ! a gémi d'être née. Dans l'absence d'un cœur toujours lent à venir, Lorsque tous la suivaient pensive et couronnée. Ce cœur, elle eût donné ses jours pour l'obtenir.
Oh ! l'amour dans l'hymen ! Oh ! rêve de la femme ! 0 pleurs mal essuyés, visibles dans ses vers ! Tout ce qu'elle taisait à l'âme de son âme, Doux pleurs, allez-vous-en l'apprendre à l'univers !
Elle meurt ! presque reine, hélas, et presque heureuse. Colombe aux plumes d'or, femme aux tendres douleurs; Elle meurt tout à coup d'elle-même peureuse. Et, douce, elle s'enferme au linceul de ses fleurs,
0 beaul<^ ! souveraiiio à tnvurs tous les voiles ! Tant que les iiotus aimés relourueroul aux cieu.\. Nous chercherons Delphine à Iravers les étoiles, El Ion doux nom de sœur humectera nos yeux.
s^-i^-fv^v^-
LA ROSE EFFEUILLEE,
DE CowrER. '
iCette rose, ravie aux roses du jardin, Par l'ondée orageuse avail été touchée.
On eût dit que des [)Ieurs inondaient son beau sein, El sa tète charmante était paie et penchée.
Moi, pour vous l'apporter dans ses vierges appas, Je l'enlevai tremblante h sa verte patrie ; Mais j'atteignis son cœur inprudemmenl, hélas ! Et je la vis tomber toute morte, ô Mario !
J'en plaignis chaque feuille... inutile pitié! Qu'importe au cœur brisé votre tardif hommage! Ainsi tombe des fleurs la [)lns frêle moitiT'. Chagrins silencieux, n'est-ce pas votre image?
' On sai: que cette rose élaif nue jcime e.'elave (jui nioiiiul d'yvoir êlé mallrait»
Un jour de plus, Marie, elle eùl brillé pour vous, Pur le divin secours d'une innocente adresse; Car le sourire encor peut renaître ()lusdoux Sous des pleurs qu'on essuie à force de tendresse.
— Wî^^^g^E^^HS^îM
MADAME HEiNRlETTE FAYIER.
"^ )TTiuÊ vers le ciel par d'invisibles charmes, Son regard esl serein, même à travers les larmcîs. Elle monte, elle monte, et ne se souvient pas De son aile blessée et traînante ici bas.
Sous son anneau d'esclave et ses voiles de femme, Laissant par le chemin déchirer sa belle àme, Elle n'a rien trouvé de plus pur cjue sa foi ; Aussi Dieu la regarde et lui dit : « Viens à moi ! »
Au plus humble, en passant, e!!e donne un sourire Si limpide, si vrai qu'un enfant sait le lire ; On aspire à l'atteindre et l'on ne voudrait pas. Elle montant si liaul, l'admirer de trop bas.
A MA SŒUR CKCTLE.
m, UcHE-LEstlans Ion cœur, toi, dont le cœur pardonne.
Ces bonqnels iinpriidcnls qui fleurissaient en moi ;
C'est tonte nne âme en tlenrsqui s'exhale vers loi;
Aux autres, je l'entr'ouvrc : à toi, je te la donne.