‹ Poésies inéditesChapitre 74 sur 88 · OU VAS-TU · texte numérisé non relu

OU VAS-TU

.ESSE de m'apprendre D'où vient la douleur ; Pour le mieux comprendre Change-t-on son cœur?

J'ai le mal suprême Sans bien l'exprimer; Tu sais pourquoi j'aime :

Moi, je sais aimer !

Tu saisis, lu charmes Dans l'art de parler.

Mais moi, j'ai les larmes Que tu fais couler. ^ Lorsque ta parole Enchante ce lieu, La mienne s'envole Soupirer vers Dieu !

Laisse passer l'àme Qui monte toujours ; Laisse à toute flamme.

Comme à l'eau, son cours.

Quand me vint l'envie Du ciel avec toi, J'allais à la vie...^. .

Où vas-tu sans moi !

\M DKl X MARINIERES.

Marina.

.^^^ois-Tiî, si j'avais ta beau lé, Cousine, et sa ileur jeune et tendre, Je me garderais bien d'alleiidre.

Seule dans ma lidélité.

Pour lin marin qui trace l'onde Au lieu de m'ennuyer au monde,

Ma foi !

J'aurais plus rie plaisirs ffiie toi !

Laly Galine.

Tu crois donc que j'ai de l'ennui.

Cousine, en ma chambre fermée?

J'y travaille toute charmée :

Est-on seule en pensant à lui !

Tourner le dos à son image, Mon Dieu, ce serait bien dommage !

Crois-moi !

Je suis bien moins seule que toi.

Marina .

Ton amant n'est qu'un matelot Qui n'a rien à lui que son âme, Fidèle au serment d'une femme Autant que le vent l'est au flot !

Laly ! je te le jure encore :

Si l'on m'aimait comme on t'adore,

Ma foi !

J'aurais plus de joyaux que toi !

Laly Gai ni p.

Je prépare en filant mon lin La toile de notre ménage, El je n'ai pour tout voisinage Que mon Christ en papier vélin.

Puis pour parer ma cheminée

Sa harque qu'il a dessinée.

Crois-moi !

Je suis hien plus riche que toi.

Marina .

Ton lin ne dure pas toujours, On se fait voir aux jours de fête,

On met des rubans siir sa lête, El l'on danse à d'antres amours!

Prends les rubans que l'on t'apporte.

Ah ! s'il en pleuvait à ma [)orte,

Ma foi !

.l'aurais d'autres atours que toi!

Laly Galiiie.

Cousine, on ne fait pas son sort; Le mien est d'être une humble femme.

Les joyaux n'échaufîent point l'àme, Un cheveu qu'on aime est plus fort !

Sa chanson.... tu sais bien laquelle!

Je chante et je pleure avec elle.

Crois-moi :

Je chante plus souvent que toi.

Marina .

Eh bien, tu pleures trop souvent.

On te trouve déjà pâlie ; Moi, de peur d'être moins jolie, Je jetterais la plume au vent.

Sous tes pieds tu mets ta fortune ;

Si mes beaux yeux m'en donnaient une,

Ma foi !

Je serais plus fine que toi !

Laly Galine.

Ma fortune? Il l'apportera, l.orsque l'heure est toute sonnée, Je suis moins lourde d'une année, Car l'heure a dit : « Il reviendra ! » Va ! quelque pauvre qu'il revienne Kl tende sa main vers la mienne,

Crois-moi !

Nous serons plus heureux que loi !

Rochet'oit.

LALY GALINE SEULE.

Cardin de ma fenèlre, Ma seule terre à moi, Avril t'a fait renaître....

N 'est-il bon que pour loi?

Tes fleurs moins chancelantes Se reparlent tout bas, Et moi, je sais deux plantes Qu'il ne réunit pas !

Combien de jours de fêle Ont regardé mes pleurs Sans relever ma tête Pensive sur tes fleurs I Mais celui qui fait l'heure Compte mon temps amer; Il voit dans ma demeure Comme il voit dans la mer.

Ce suir une hirondelle Qui reveiiail des cieiix A frôlé de son aile Tes bouquels gracieux.

Ta fraîche palissade A tremblé sous son cœur :

Vient-elle en ambassade De la part du bonheur?

Sans lune et sans étoile Quand la nuit teint les flots J'allume sous ton voile Ma lampe aux matelots; Afin que l'humble flamme Qui s'épuise ardemment Comme un peu de mon âme Attire mon amant.

Mais du port, si le phare Mourait avant le jour, Au marin qui s'égare Montre au loin mon séjour.

Dis-lui qu'à ma fenêtre, Toujours comme aujourd'hui.

Les fleurs (ju'il n Inil naître S'illmiiiiKMil piuir lui.

Dans la nuit imploré(3 Qui le ranièu<'ra, Vers ma vitre éclairée Son âme montera.

Fais qu'après ma neu vaine, Au bout d'un an perdu, Ma lampe le ramène A mes hras suspendu.

LES DEUX MARINIERES.

Mariiia.

§,iJ^i<NTENDS-Tu le canon du fort Pour le vaisseau qui rentre au port?

Mais, cousine, le capitaine Tient l'équipage en quarantaine !

Viens voir de loin le bâtiment Qui te ramène ton amant.

Laly Galine.

. Laisse-moi reprendre mon cœur Qui s'en va de joie et de peur.

J'avais rêvé cette nouvelle, Mais vois! je suis moins forte qu'elle. C'est ma neuvaine au roi des cieux Qui met de tels pleurs dans mes yeux.

Marina.

Tu me fais rire avec tes pleurs :

Prends plutôt dentelles et fleurs!

Prends et puisque Dieu te l'envoie, Folle! ne pleure pas de joie, Car je sais que les amoureux N'aiment pas qu'on pleure pour eux,

Laly Galine.

Que veux-tu ? Je suis faite ainsi, Et parfois l'homme pleure aussi.

Il n'est pas plus fier que moi-même, Cousine, et c'est pourquoi je l'aime.

Une larme sauve : autrement On mourrait de saisissement.

Marina.

Allons! viens! tu n'en finis pas!

Viens ! Tout le monde court là-bas Au salut du canon qui roule.

Ton marin te croit dans la foule; C'est la lenteur qui fait mourir, Moi, mes pieds brûlent de courir.

Laly Galine.

Marina, laisse- moi m'asseoir.. .

Je serai plus forte ce soir.

Il est là, j'ai le temps d'attendre;

S'il parlait on pourrait l'entendre !

Comme l'oiseau qui suit le vent, Mon âme est allée en avant !

Marina.

Mon âme est partout où je cours, Et je m'euflors aux longs discours.

Ta vie est comnie une prière Qui craint le bruit et la lumière.

Pour moi, sans bruit et sans soleil, Le temps serait un long sommeil.

Laly Galine.

Le soir sera beau, Marina, Dans la barque qu'il dessina.

La nuit n'y sera plus amère...

Mais je veux embrasser ma mère !

Va chercher du bruit pour ton cœur Dieu fait à chacun son bonheur !

Rochefort.

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