‹ Poésies inéditesChapitre 76 sur 88 · UN DÉSERTEUR · texte numérisé non relu

UN DÉSERTEUR

^3^'entends sonner dimanche Qu'ils sont heureux là-bas.

Devant l'église blanche, Parlant haut, priant bas l Quand tout se sent renaître Au ciel doux et chaud, C'est le bon Dieu peut-ôlre Qui dore mon cachot !

Ma mère î ma mère !

Qui priez là-bas, Dans votre prière Ne m'accusez pas!

De garde à la frontière, Sur mon fusil penché.

J'écoutais sous la pierre Un filet d'eau caché.

Puis, songeant à vos larmes Au fond de vos yeux doux,

J'ai jeté là mes armes Pour m'élancer vers vous !

Ma mère ! ma mère !

Qui priez là-bas, Dans voire prière Ne pleuriez-vous pas?

Plus loin l'tîau sans entrave Appelait le nageur, Et lassé d'êlre esclave Je me fis voyagenr.

Une senteur d'automm^ Ouvrail mon souvenir, El le canon qui lonrje N'eut pu me retenir. . . .

Ma mère ! ma mère !

Qui priez là -bas, Dans votre prière N'appeliez-vous pas?

Les parfums du village Troublent l'humble soldai; Moi, je n'eus de courage Qu'aux périls du combat.

A mes plaisirs d'onfance J'avais rêvé le soir, El, tout fiévrcnix d'absence, J'ai couru vous revoir. . . .

Ma mère ! ma mère!

Qui priez là-bas Dans votre prière N'attendiez-vous pas?

Au tond de la nuit sombre, M'excitant à marcher, Comme un géant dans l'ombre Se dressait mon clocher.

Et notre blanche église M'attirait à genoux Sous la croix où Louise Est couchée avant nous.

Ma mère! ma mère!

Qui priez là-bas.

Dans votre prière N'y pensiez-vûus pas?

La mort donne qui II an ce Au soldat égaré,

Puisqu'après la sentence Mes juges ont pleuré.

Paix ! voici la parade Emplissant le chemin, Et mon vieux camarade Qui me tùra demain. . . .

Ma mère ! ma mère !

Qui priez là-bas, Dans votre prière Ne m'attendez pas 1

Musique militaire

Qui bondis sur mon cœur, Atteindras-tu sous terre Le pauvre déserteur ? . . . .

Les cloches sur ma tête Sont bonnes de courir. . .

Ce carillon de fête M'encourage à mourir. . .

Ma mère ! ma mère !

Qui priez là-bas, Dans votre prière Ne m'oubliez pas !

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