LE BANNI
|>ES toits étaient dorés par le couchant; D'heureux enfants jouaient dans la poussière, Et d'une église où tintait la prière, La brise, au loin, portait le dernier chant.
Sur le chemin à tous libre et splendide,
Un homme seul errait triste et livide:
Cet homme étrange avait peine à courir,
Et peine à vivre.... et peut-être à mourir.
Son œil voilé jetait un feu farouche;
D'ardents soupirs par force ouvraient sa bouche ;
Quelqu'un, l'osant, eût crié: « Qu'avez-vous? »
Mais il craignait la charité de tous.
De tous.... oh! non, peu regardaient celte âme
Passer traînant son orageuse flamme,
Comme voulant entre le sol et l'air
Glisser furlive et pareille à l'éclair.
La terre est longue à toute âme exilée.
Fuyant son nom de vallée en vallée.
Rien sur sou corps no lioiil quo par lambeaux ;
S'il va s'asseoir c'est auprès des tombeaux.
Qu'a-l-il donc fait? Qu'en a-t-on su?. .. Qu'importe
Son dur pays qui lui ferme la porte
Le sait-il mieux? Le plus sûr aujourd'hui.
C'est de prier pour son juge et pour lui.
Dieu les attend et tous les deux sont frères,
Dieu tient la clé de terribles mystères.
Sa loi n'est pas l'éternelle rigueur:
Dieu fil l'amour, l'homme en a fait l'erreur.
Ayant franchi le carrefour qui crie, Une humble voix a dit : « Je vous en prie ! « Faites l'aumône à mon destin voilé, « Et dans vos maux vous serez consolé. « Vous verrez l'heure à sa douce lumière : « De toute joie, hélas! c'est la première ! « Voyez! voyez! et que Dieu sur vos pas « Sème les biens que nous ne voyons pas 1 »
Et l'homme étrange a tressailli dans l'ombre; Et l'eau divine a mouillé sou œil sombre, Cette eau du cœur qui lave le remords Comme une pluie a relevé son corps.
Il a donné ! Ce pauvre a fait l'aumône; Et l'autre pauvre a béni qui lui donne ; El le voyant, au son de cette voix, A cru rentrer dans son libre autrefois. Tout parcouru par cette voix bénie Il jurerait que sa peine est finie.
Pour une larme, hélas ! pour un grain d'or, Dieu permet donc qu'on le salue encor !
« La voix, dit-il, parle comme ma mère! Elle a rompu pour moi la mort amère.
Et remué comme un petit enfant Le vieux banni dans l'exil étoufîant.
Merci ma mère ! » Et le banni se couche Sous le nom pur qui rassainil sa bouche.
0 vieille mère ! aumône de l'amour!
Voilà ton fils doux comme au premier jour!