NOTICE
C'est le privilège des beaux vers d'exciter de vives émotions et d'attirer l'attention sur le poëte qui lés écrit. Ce privilège, aucun ouvrage peut-être, & notre époque, n'en a mieux et plus légitimement joui que ce livre dont nous offrons au public une sixième édition.
Depuis le jour où, par l'indiscrétion d'un ami, l'Ange et l'Enfant parut dans là Quotidienne , la curiosité des lecteurs, frappée du contraste entre le caractère de l'œuvre et la condition de l'auteur, n'a cessé de s'enquérir de lui, de tout ce qui se rapporte à lui.
VB NOTICE.
Les intelligences les plus élevées et les plus ingénieuses se sont, en quelque sorte, disputé le plaisir d'analyser ce problème social et de raconter les développements de ce phénomène. Grâce à leurs travaux, nous pouvons aujourd'hui contenter ce désir de connaître, rarement satisfait pendant la vie d'un écrivain; car c'est une circonstance heureuse dans la fortune littéraire du poëte nîmois d'avoir vu son existence modeste mise en lumière ; l'intérêt pour l'œuvre s'est accru de tout l'intérêt que mérite une carrière hpiiorablement remplie.
Jean Reboul est né le 23 janvier 1796. Son père, que conduisit au tombeau une lente et pénible maladie, exerçait la profession de serrurier ; l'honnête aisance qu'il s'était acquise lui permit de donner à son fils quelque éducation. Jean Reboul fut donc placé dans un pensionnat de Nîmes et vint y chercher ce qu'il fallait de science pour une profession manuelle. On enseignait là ce qui s'apprend aujourd'hui dans nos écoles primaires du premier ordre. Mais nous de- ^ vons avouer qu'à cette époque le poëte futur ne se distingua par aucun de ces traits précoces qui révèlent tout d'abord les intelligences supérieures. ^ A l'âge de treize ans, Reboul fut employé pendant quelque temps à des transcriptions chez un avoué ; mais le métier de copiste n'allait guère à son âme ardente, et ne pouvait d'ailleurs lui assurer un avenir.
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Sa mère, restée veuve avec quatre enfants, se vit dans l'obligation de restreindre ses dépenses. Le moment était venu de songer sérieusement à choisir un état : Reboul se décida pour celui de boulanger.
Marié de bonne heure, il perdit sa pretoiëre femme après quelques mois de mariage. Une seconde union ne lui donna encore qu'un bonheur peu durable.
Dans la condition que lui imposait la mauvaise fortune, le goût de la lecture lui vint; et, sous cette culture toute spontanée, toute libre, et partant plus fructueuse, son instinct poétique s'éveilla, et se manifesta bientôt par diverses productions.
Dès Tannée 1820 Reboul était membre d'un cercle de joyeux vivants. Ils se réunissaient dans un café vis-à-tis l'Esplanade, où Nîmes voit, dans lea^^oirées d'été, se dérouler en longues théories une population de gais promeneurs. La jeunesse ntmoise est vive et alerte ; elle jette les saillies par larges ondées, et l'on sent en elle l'ardeur méridionale. Ce fut là que se révéla d'abord la verve poétique de Reboul. Entre un verre de bière et un cigarre, il y composades chansons et des satires qui ne sortaient pas de ce cercle ami. Comme point de départ curieux à connattre, comme contraste avec la gravité qui devint plus tard le caractère de son talent, nous allons transcrire ici quelques fragments de ces premières productions, en priant nos lecteurs de ne point en oublier la date.