‹ Poésies (volume 2)Chapitre 12 sur 72 · LE GÉNIE · texte numérisé non relu

LE GÉNIE

Cest Homère endormi , qu'une esclave sans maître

Réchauffe de son seul amour; C'est un enfant chassé de l'ombre de son hêtre , Qui pleure les chevreaux que ses pas menaient paître,

Et qui sera Virgile un jour I

C'est Moïse flottant dans un berceau fragile

Sur l'onde , au hasard des courants, Que l'éclair du Sina visite entre cent mille , Pendant qu'il fend le marore ou qu'il pétrit l'argile Pour la tombe de ses tyrans.

Ainsi l'instinct caché dans la nature entière

Mûrit pour l'immortalité La perle au fond des mers, l'or au sein de la pierre. Le diamant dans l'ombre où languit sa lumière ,

La gloire dans l'obscurité;

La gloire, oiseau divin, phénix né de lui-môme,

Qui vient tous les cent ans , nouveau.

Se poser sur la terre et sur un nom qu'il aime. Et qu'on y voit mourir ainsi que son emblème. Mais dont nul ne sait le berceau !

Ne t'étonne donc pas qu'un ange d'harmonie

Vienne d'en haut te réveiller.

Souviens-toi de Jacob ! les songes du génie

DANS t'ODSCURlTÉ. 8

Descendent sur des fronts qui n'ont, dans F insomnie, Qu'une pierre pour oreiller !

Moi-même , plein des biens dont Topulence abonde »

Que j'échangerais volontiers Cet or dont la fortune avec dédain m'inonde Pour une heure du temps où je n'avais au monde

Que ma vigne et que mes figuiers ;

Pour ces songes divins qui chantaient dans mon âme,

Et que nul or ne peut payer, Pendant que le soleil baissait , et que la flamme Que ma mère allumait ainsi qu'une humble femme

Éclairait son étroit foyer ,

Et qu'assis autour d'elle à la table de hêtre

Que nous préparait son amour, Nous rendions grâce à Dieu de ce repas champêtre Riche des simples fruits que le champ faisait naître

Et d'un pain qui suffit au jour!

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