‹ Poésies (volume 3)Chapitre 40 sur 68 · UN SOIR D’HIVER · texte numérisé non relu

UN SOIR D’HIVER

Que le théâtre au loin , à pleine galerie , Comme l'intempérance après les grands festins , Dégorge par un drame une foule attendrie De puissans usuriers et de riche catins.

Alors , du cœur saignant l’indignation folle Comme remède encor prescrirait le poison , Et ne sait si la pique avec la carmagnole Dans son rêve sanglant avait tort ou raison.

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Août 1853 —

4? ÉniTlON.

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\ )l CHARLES NODIER,

O toi , qui ; sans toucher la main a Bel zébu t ,

Au monde des esprits fais payer le tribut ,

Heureux Merlin 1 qui vois , sous tes cercles magiques Éclore d'autres fleurs dans les champs poétiques ,

A \\. Cil A KL LS ÎNODIER.

l a baguette se lève , et , prompt comme l’ éclair . Le lutin gourmande crie et passe dans l’air ;

Le sylphe , éblouissant d’iris et de topaze ,

Fait ouïr le doux bruit de ses ailes de gaze ,

Et flotte dans l’éther comme la bulle d’eau Que détache Tentant du bout du chalumeau ; Charme et rêve des yeux , haleine , météore Qu’un rayon de soleil illumine et dévore;

Que ne puis-je, ô Nodier ! monté sur ton griffon , Voir du ciel avec toi les abîmes sans fond ,

Et descendre a mon gré sur ce pic solitaire , Eternel casse-cou des enfans de la terre ,

Oîi , dans un château fort aux murs de diamans , La gloire s’abandonne a nos embrassemens !

Mais comme un voyageur , au front des pyramide Grave parfois le nom de ses amis timides ,

Ta généreuse main au roc voisin des deux Daigna mêler mon nom a des noms glorieux.

De mon silence ingrat calmant l'inquiétude ,

Je viens t’en témoigner enfin ma gratitude.

A M. CHARLES NODIER. >2t

Mais la saison pour moi semble avoir desséché La source aux Ilots divins d'où l'art est épanché : Tourmentant de mes nuits la stérile insomnie ,

Je n’ai pu rencontrer que la pâle harmonie Du vers lâche et coulé dans le moule vieilli ,

Dont le classique A.... était enorgueilli.

Oh ! que les longs étés sont monotones , tristes î Et que leur ennui pèse à l’ame des artistes !

Le démon poétique est en vain évoqué ,

Quand , doublant la chaleur dont on est suffoqué ,

De son haleine flasque effleurant le visage ,

Le vent d’Alger sur nous n’apporte aucun nuage ; Quand le chien essoufflé cherche le corridor ,

Et sur son pavé froid tombe , s'alonge , et dort , Quand de nos boulevards le ciel chauffant la dalle Sur leurs ormeaux poudreux fait crier la cigale,

Qui semble accompagner de son chant ennuyeux Les flammes du soleil qui dansent à nos yeux !

Luise et tonne bientôt la vapeur salutaire

A M. CHAULES NODIER.

Do l’orage qui doit désaltérer la terre ,

De liquides saphirs affaisser les rameaux ,

Et faire secouer les ailes des oiseaux ;

Reverdir les festons des touffes de liane Qui pendent aux arceaux du temple de Diane ; Changer le cirque aride en un riant jardin ?

Et , vers l’herbe poussant aux fentes du gradin ,

Du concierge commis a l’immense ruine Ramener le bélier à la cloche argentime ,

Qui, frappant l’air plus frais de son doux bêlement Réveille seul 1 écho du vaste monument ,

Théâtre ensanglanté des voluptés de Rome ,

Où l’homme s’égorgeait pour le plaisir de l'homme Où s’amassaient les flots de ce peuple géant ,

Pareils dans leur murmure à ceux de l Océan ! Alors l’image forte et l’image naïve Aux intimes labeurs rendent mon ame active ; Tantôt c’est le matin sous un nuage noir Qui semble nous couvrir des mystères du soir ;

Et tantôt c'est le soir dont les clartés soudaines

A >J. CHAULES NODIER.

Simulent le matin et blanchissent nos plaines ;

Car après tant de jours d’un soleil ennuyeux ,

Les teintes d’un orage émerveillent les yeux.

Mais , du ciel embrasé d’ardentes étincelles ,

Ma muse haletante , en déployant ses ailes ,

Tombe comme l'oiseau que le plomb a blessé ;

Ou comme un cerf-volant dont le fil s'est cassé ;

Et tristement réduite aux terrestres demeures , Odalisque oubliée, elle passe ses heures Attendant que , porté sur la fraîcheur du soir , L’esprit harmonieux lui jette le mouchoir.

Et , pour lui rendre encor l'image plus flatteuse , Elle est comme la nef à la foi courageuse ,

Qui , partant de nos bords , au bruit de son canon , Pour conquérir un monde et lui donner son nom , Au point le plus brûlant de la mer Pacifique ,

Sent arrêter soudain son élan héroïque ,

Voit le long de ses mâts tomber ses pavillons ,

L atmosphère sans souffle et la mer sans sillons;

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