A M. SIGALON
L'esprit de Michel- Ange , en ses rêves sublimes , Avait avec le Christ des entretiens intimes; Des encensoirs du ciel il respirait l'encens ; Sion lui dévoilait ses mystiques annales, Et son œil contemplait ces beautés virginales Qui ravissent le cœur sans effleurer les sens.
Et les fronts recueillis des quatre grands prophètes, Qui sentaient l'avenir s'agiter dans leurs têtes , Moïse palpitant des divines faveurs :
Celui qui vient de voir Jéhovah face à face : La nue autour de lui tonne encore la menace, Et les éclairs pressés y croisent leurs lueurs;
Et les martyrs portant des palmes immortelles; Le chérubin qui flotte en se croisant les ailes Dans les brillans lointains des séjours fortunés; Et les cercles sans fin des myriades d'anges , Et l'enfer et sa nuit et ses flammes étranges, Où, comme des boas, se tordent les damnés.
A M. Si GALON.
Car son regard croyant évoqua la présence Du jour du châtiment et de la récompense : Le Sauveur devient juge et le remords est vain : Et des sons effrayans dans l'air se font entendre ; Et les morts, étonnés du réveil de leur cendre, Montent comme aspirés par un souffle divin.
Et, comme un tigre ardent dans sa sanglante joie, R.ugit entre ses dents qui cramponnent sa proie, En voyant arriver ses nouveaux habitans, Innombrables moissons que prépara le crime,
Du rire des démons s'épanouit l'abîme
L'éternité reçoit les derniers flots du temps.
Oh ! si ces grands aspects par toi doivent revivre, Aux mamelles du ciel il faut que tu t'enivre : Tu t'es souvent moqué des risibles efforts De ceux qui, dans la foi, tuant la poésie, Voulaient qu'elle se tînt debout comme la vie , Quand leur scalpel avait travaillé sur son corps !.