ELLE EST MALADE
Si jamais (que ce jour se tienne loin encorî ) Si, repliant ton cou sous l'aile de la mort,
Tu t'endormais, ô ma colombe, De balcon en balcon je n'irais pas le soir Chanter afin qu'une autre à mes yeux se fit voir,
Mais j'irais m'asseoir sur ta tombe.
Et là , le front baissé , les yeux mouillés de pleurs , Je te réveillerais sous mes vives douleurs;
Et le bruit de ton vol funèbre, En passant à travers le saule aux longs cheveux f Me serait préférable aux plus tendres aveux
De la beauté la plus célèbre.
— Novembre 1853. —
Apparition,
Oh î pourquoi dans mes nuits jeter ainsi l'angoisse, Du cercueil immobile intervertir la loi ? J'ai fait pourtant brûler un cierge à la paroisse, Et l'office divin y fut chanté pour toi .
Ce que pour ton repos le rituel ordonne , Je l'ai fait accomplir avec un soin pieux ; Sur le seuil de ma porte on a donné l'aumône Qui calme les tourmens et fait ouvrir les cieux.
De l'oubli de ton deuil ne doit naître ta peine ; Le plaisir ne m'a pas trouvé sur son chemin ; D'avides héritiers dans tes coffres d'ébène Pour ravir tes joyaux n'ont pas porté la main,
Les lieux d'où le trépas te fraya ton passage De mornes appareils sont encor tout remplis. Le miroir dont l'éclat renvoyait ton image, De ses longs voiles blancs n'a pas quitté les plis;
Ta lampe sèche d'huile y pend, là, sans lumière, Et la couche est encor comme tu la laissa; Sur le triste parquet repose la poussière Qu'y fit tomber le jour où ton œil s'éclipsa.
Le rameau de laurier trempé dans l'eau bénite > Que la famille en pleurs aspergea sur ton corps , Lorsqu'on l'eut revêtu de l'habit carmélite, Et qu'on eut récité les prières des morts.
Et quand je dors, pourtant, pendant la nuit livide, Une main de mon lit agitant les rideaux Fait sur mon front brûlant passer un souffle humide , Comme celui qui sort des voûtes des tombeaux.
Et j'aperçois errer, dans mon alcôve obscure, Un bras qui porte un cierge à la pâle lueur; Et je ne sais quel sombre et funèbre murmure Me couvre tout à coup d'une froide sueur.
Et je te vois pleurer, et ta tête s'incline, Et laisse sur mon sein abattre ses cheveux; Et leurs tristes flocons oppressent ma poitrine : Oh ! quand tu viens ainsi , dis-moi ce que tu veux !
Et tu verras soudain ta volonté suivie ; Je ne veux envers toi ressentir nul remord Hélas ! je suis assez accablé de la vie , Sans y venir mêler les peines de ta mort.
Oh ! de ces visions, vérités ou mensonges, Daigne, daigne, mon Dieu, délivrer mon sommeil, Fais passer radieux tes anges dans mes songes, Et calme mon esprit sous leur groupe vermeil .
SOUVENIR D'Utf SOIR.
Ainsi qu'une bergère au regard gracieux,
La lune, surveillant de sa lueur candide
Les scintillans troupeaux des campagnes des cieux ,
Tempérait leur éclat d'un voile lumineux
Et rendait de la nuit le silence limpide.