‹ Poésies (volume 5)Chapitre 42 sur 63 · LE PHILTRE · texte numérisé non relu

LE PHILTRE

Ma lèvre souriait des larmes des amours,

Je marchais le front haut, comme l'on a toujours

Marché dans ma pauvre famille ; Et maintenant mon œil est humide et rêveur, Ma tête tristement se penche sur mon cœur.

Rends-moi mon ame, jeune fille !

Lorsque dans nos jardins tu t'assieds sur un banc , Soudain je te devine au bout de ton ruban

Qui flotte à travers la charmille; Et mes amis alors me disent : Etourdi , Tu ne réponds jamais à ce que l'on te dit.

Rends-moi mon ame, jeune fille !

C'est qu'alors mon esprit voltige autour de toi. Que je voudrais en vain le rappeler à moi ;

Il baise ta bouche gentille, Se joue avec la brise entre tes beaux cheveux , Et s'enivre et s*oubUe aux rayons de tes yeux.

Rends-moi mon ame , jeune fille !

LE PllILTRC. S4S

Astre consolateur de mes sombres ennuis, 'l'on image charmante illumine mes nuits

Du doux éclat dont elle brille;

Mais le réveil me voit triste et dépossédé, Pleurer comme un enfant sur mon lit accoudé.

Rends-moi mon ame, jeune fille !

Car quelle bouche d'or raconterait mon rêve.

Quand le nuage ami dans les airs nous enlève ;

Quand mollement couché sur ce lit de vapeurs.

Que nuancent du jour les mobiles couleurs,

Ton corps que voile à peine une légère gaze.

Se révèle à mes yeux et me tient en extase?

Possesseur étonné de si rares trésors ,

Mon bonheur se soupçonne , et je me dis alors :

« De la réalité c'est bien là le domaine;

« Ce n'est pas, cette fois une apparence vaine

M Qui remplit mon sommeil d'un prestige charmant. »

Mon songe a je ne sais quel vague sentiment

De son illusion; je crains en ma pensée

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