LE PHILTRE
Ma lèvre souriait des larmes des amours,
Je marchais le front haut, comme l'on a toujours
Marché dans ma pauvre famille ; Et maintenant mon œil est humide et rêveur, Ma tête tristement se penche sur mon cœur.
Rends-moi mon ame, jeune fille !
Lorsque dans nos jardins tu t'assieds sur un banc , Soudain je te devine au bout de ton ruban
Qui flotte à travers la charmille; Et mes amis alors me disent : Etourdi , Tu ne réponds jamais à ce que l'on te dit.
Rends-moi mon ame, jeune fille !
C'est qu'alors mon esprit voltige autour de toi. Que je voudrais en vain le rappeler à moi ;
Il baise ta bouche gentille, Se joue avec la brise entre tes beaux cheveux , Et s'enivre et s*oubUe aux rayons de tes yeux.
Rends-moi mon ame , jeune fille !
LE PllILTRC. S4S
Astre consolateur de mes sombres ennuis, 'l'on image charmante illumine mes nuits
Du doux éclat dont elle brille;
Mais le réveil me voit triste et dépossédé, Pleurer comme un enfant sur mon lit accoudé.
Rends-moi mon ame, jeune fille !
Car quelle bouche d'or raconterait mon rêve.
Quand le nuage ami dans les airs nous enlève ;
Quand mollement couché sur ce lit de vapeurs.
Que nuancent du jour les mobiles couleurs,
Ton corps que voile à peine une légère gaze.
Se révèle à mes yeux et me tient en extase?
Possesseur étonné de si rares trésors ,
Mon bonheur se soupçonne , et je me dis alors :
« De la réalité c'est bien là le domaine;
« Ce n'est pas, cette fois une apparence vaine
M Qui remplit mon sommeil d'un prestige charmant. »
Mon songe a je ne sais quel vague sentiment
De son illusion; je crains en ma pensée