PREFACE
BB X.A VRBMliBB ^BITIOV.
En mettant pour la première fois une préface tète de mes oeuvres , j'éprouve d'abord le ioin de remercier le public du bienveillant îueil qu'il a daigné faire à mes premières ésies. Ce volume parut sous les auspices de uxnoms célèbres, et je ne me dissimule pas ut ce que la puissante recommandation de de Lamartine, tout ce que les pages brillan- » de M. Alexandre Dumas m'ont valu auprès mes lecteurs. Qu'ils en reçoivent publiqueînt aujourd'hui l'un et l'autre, l'expression ma gratitude la plus vive^ la mieux sentie.
Yl PRÉFACE.
Quelles j^ue soient les croyances ou les opinioDs qui peuvent nous séparer, je leur serai éternellement lié, j'ose le dire^ par quelque chose d^ plus encore que la reconnaissance. Grâces ^ eux; je puis étrç écouté sans trop de défaven.] dans la manifestation de principes que je crois vrais, et pour lesquels je ne regarde la poésie que comme instrument^ comme moyen.
Les hommes de nos jours se partagent en deux écoles : les uns font intervenir Dieu dans la société, et les autres Ten bannissent. C'est la nécessité de h révélatioii d'un côté ; c'est la raison humaine se suffisant à eUe^mème de l'autre. Ce ootiflit des intelligences n'ese pas nouveau. Il se manifesta aux premiers joutis de la création ; le serpent £c à Ëire : « Goûtez du frttit de la scienôe^ et vous pourrez vo<m passer de Dieu. Il fut écouté ; et, dès ce moment, Adam reçut de son orgueil une assez large part de misère pour lui et toute sa postérité* Et pûit^ que l'occasion s'offre de le dire en passsim , il n'est pas d'autre explication sati^isante, ni même possible de l'énigme du mal. Celui qui
PBÉPAOS. VII
en chercherait laidhitkm en dehors de cette donnée mourr»! infiûUibleoieiit à la peine.
Ce germe d'orgueil déposé dans rhumamté s'y développe de temps à autres, échauffé par ia corruptioiideB sens; et eèmine nous portons jinqùe dans noire chute les marques de notre primitÎTe gi^andeur> la logicjtie) inhérente à l'esprit derhomme, le force, dès qu'il sent que tout en lui a dévié des règles divines, à se créer des vérités qui le justifient. C'est là la source de toutes les hausses doctrines. Alors, selon le degré de notre perversité, nous cherchons à composer avec Dieu, ou nous le repoussons entièrement. Dains ce dernier cas, la raison descend jusqu'à se diviniser, l'orgueil devient satanique et l'enfer a ses coudées franches sur la terre. Si quelques générations avaient pu ionter del cette loi de progiression dans le mal, ce ne devrait pas être tanôtre: la Providence ne nous en a pas épargné l'épouvantable démons- (cation.
D'effroyables tempêtes ont ravagé le monde
VIII PAÉFAGB.
social. Il est vrai que lé calme a par& renaître, mais nous sommes touj(mrs sons l'influence des mêmes vents. Des secousses intermittentes nous avertissent que Dieu est encore absent.
L'homme commande encoreau n(Made l'homme et notre stupidité s'étonne de ne rencontrer que tyrannie et rébellion. La raison qui doit obéir étant égale à celle qui commande, le conflit renaît toujours et vient tromperies combinaisons des hommes d'Ëtat les plus intelhgents, sMl peut y avoir intelligence en dehors de^celui qui eu est la source.
Aussi, dans le cercle humain qu elle a tracé autour d'elle et qui Tisole de Dieu, la société évoque en vain le sacrifiée; Tégoïsme seul répond. En vain l'industrie l'entoure de ses miracles, rien ne saurait guérir les misères de son intelligence, ni combler le vide qu'elle ressent, et qui est la place de Dieu. Les sophistes ont beau faire sonner à son oreille l'hymne du progrès, elle ne saurait se E^ire illusion sur son état
Eh! quel est l'homme de bonne foi q[ui,à
PRIÎFAGE. IX
l'aspect des misérables opérateurs qui travaillent sur le corps social^ pourrait conserver quelque espoir de sa guérison? Un instinct d'égalité cupide se charge de défendre les droits des (aiblés et des petits, et l'entreprise pour le soulagement de leurs misères est échue à une philanthropie qui n'a d'entrailles que pour les bagnes, et dont Faction s'annuUe dans l'universalité même dont elleiaitparade. Ne parlez pas à un apôtre de cette nouv^îlle charité de la probité qui meurt de faim à sa porte : pour avoir part À ses bienfaits, il' faut passer par la Cour d'assises ou aller partager le sort des nègres dans le Nouveau- Monde. Voilà pour les gouvernés.
Le sort des gouvernants est peut-être pire :
sujets de leurs sujets, obligés de rester dans des limites qui leur ont été imposées, et où Tautorite, néanmoins, ne saurait se mouvoir, ils sont forcés par l'inflexible nécessité de les franchir, et cette violation rejaillit sur eux par l'exil ou par la mort. Pour se soustraire à ce double écueil,ils appellentla corruption à leurseconrs, l'or domine et gouverne, et le coffre-fort d'un
X PEÉFACfi.
juif est 1 urne où lés monarchies européennes puisent leurs destinées.
C'est du fond de cette situation ^ùe j Vi tiré ia fiction littéraire que Toil va lire, afiki de jeter quelques lueurs pour aider à rérkionter, s'il est possible^ cet abîme où tout semble descendre - Cette fiction^ je l'ai rattachée aux dogmes qui seuls, garantissent aux sociétés humaines Tordre et le bonheur en donnant une sanction divine au devoir.
Plaçant mes principes au dessus des vanitéâ littéraires, j'eusse désiré qu'un poète émineni en vertu^ en talent, en position sociale, se fûc chargé d'une pareille tâche. Je ne me dissimule pas mon insuffisance et mon indignité ] je sais combien de préventions s'attachent encore auic doctrines que je viens d'émettre : trop de gens sont disposés à dresser des tentes au pied de cette transfiguration dumal, disant : Ilfait borgici. Je m'attends à ia dérision et à l'iroûie d& leur part : ils accuseront, je n'en doute pas, b suffisance d'un écrivain obscur qui vient st
PRlâFACE. XI
poser en prophète; mais nous répondrons au sourire de leur pitié : « Vous avez raison^ il n'y a rien de merveilleux en nous; nous ne sommes ni prophète ni inspiré du ciel : seulement, le soir, Qous avons vu l'horizon en feu, et nous avons <Ut que la journée du lendemain serait brûlante. »