‹ PoésiesChapitre 157 sur 225 · LA VISITE · texte numérisé non relu

LA VISITE

Je voulais me alisser chez ma mie, mais sa porte était close. N'ai-je pas la clef dans ma poche? J'ouvre tout doucement In chère porto ,

Dans le salon je ne trouve pas la fillette ; dans le boudoir elle n'est pas non plus; enfin comme j'ouvre sa chambre avec mystère, je la vois qui sommeille, gentiment étendue , tout habillée sur le sofa.

En travaillant elle s'était endormie ; la broderie et les épingles reposaient encore entre ses jolies mains croisées, et je m'assis à son côté, incertain si je l'éveillerais.

Je contemplai la douceur que respiraient ses paupières; sur ses lèvres la foi muette , la grâce sur sa joue étaient à demeure, et l'innocence d'un bon cœur battait dans sa poitrine.

Chacun de ses membres reposait harmonieusement, détendu par un baume céleste. Je restais assis là, heureux , et la contemplation retenait de plus en plus par des liens secrets le désir de l'éveiller.

Aimable enfant, pensai-je, le sommeil lui-même, ce révélateur indiscret de tout défaut, ne peut te nuire, ni rien découvrir qui trouble la délicate idée que ton amant a conçue de toi.

Tes beaux yeux sont fermés , qui, ouverts, savent seuls me charmer; tes douces lèvres ne remuent ni pour la parole ni pour les baisers ; détendus sont les liens enchanteurs de tes bras qui m'enlaçaient , et ta main demeure immobile, ta blanche main, compagne d'ineffables caresses. Si l'idée que j'ai de toi pouvait être une erreur, mon amour une illusion, ne le saurais- je pas à cette heure où l'Amour se tient près de moi sans bandeau ?

Longtemps je restai là, ravi au fond de l'âme de son mérite et de son amour; endormie elle m'avait paru si belle, que je n'eus pas le courage de l'éveiller.

Je pose doucement deux oranges et deux roses sur sa table, et regagne mon chemin sur la pointe du pied. En ouvrant les yeux , ma charmante apercevra mes dons aussitôt, sans comprendre comment, la porte n'ayant pas cessé d'être close , le gentil présent se trouve là.

Et si je revois mon aime cette unit, comme elle sera ravie, et me rendra au double le sacrifice de mon tendre amour !

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