‹ PoésiesChapitre 188 sur 225 · ÉPIMÉTHÉE · texte numérisé non relu

ÉPIMÉTHÉE

Kt jusqu'où s'étend ton empire?

PEOMETHEE.

Aussi loin (|\ie le cercle de mon activité; rien au-des-

27 6 PROMETHEE.

sous et rien au-dessus! — Quel droit ont la-haut les étoiles pour fixer sur moi leurs regards?

EPIMETHEE.

Tu marches seul! ton orgueil méconnaît le céleste concert qui en résulterait , si les dieux , toi , les tiens , et la terre et le monde ne formaient qu'un tout harmonieux.

PROMETHEE.

Je le connais! mais je t'en prie , cher frère, fais comme tu l'entends , et me laisse !

[Épimélhée s'éloigne.)

PROMETHEE.

A moi, mon royaume ! mon tout ! ici je me sens être ! Ici tous mes désirs ont revêtu des formes corporelles! ici mon esprit disséminé en parcelles sans nombre, et tout entier pourtant dans mes enfants chéris !

Survient Minerve.

L'oses-tu bien, ma déesse? oses-tu venir visiter l'ennemi de ton père?

MINERVE

.l'honore mon père , et je t'aime, Promethee!

PROMETHEE.

Et tu es a mon esprit ce que mon esprit est a luimême ; des le commencement tes paroles furent pour moi la lumière céleste! il me semblait toujours que mon âme se parlait, se révélait a elle-même, qu'en elle résonnaient des harmonies innées sorties de ses intimes profondeurs; lorsqu'il me semblait a moi que je parlais, parlait ma déesse, et tout en m'imaginant entendre une déesse parler, moi-

PROMETHÉE. 277

même je parlais... et de la sorte, avec toi, avec moi, toujours toi et moi ne formant qu'un, je t'ai voué un amour éternel !

MINERVE

Et je te suis présente éternellement !

PROMETHEE.

Comme la douce lueur du soleil occident surnage audessus du Caucase obscurci, inondant mon àme d'une volupté calme, — toujours présent à moi, bien qu'il ait disparu ! — Ainsi mes forces se sont développées à chaque souffle de ton être divin. Et quels droits viendraient-ils désormais revendiquer sur mes forces , les superbes habitants de l'Olympe ? Elles m'appartiennent , et l'usage aussi m'en appartient. Non, plus un pas pour le souverain d'entre les dieux !

MINERVE

Ainsi s'exprime la puissance.

PROMETHEE.

Ainsi je m'exprime , déesse , puissant que je suis , moi aussi! — Jadis, que de fois ne m'as-tu pas vu, dans ma volontaire servitude, porter le fardeau dont ils me chargeaient les épaules d'un air de gravité majestueuse ! Alors je consommais l'œuvre de la journée , je fournissais ma tache selon qu'ils l'ordonnaient; car je m'imaginais qu'ils lisaient le passé , l'avenir dans le présent ; car je regardais leur direction, leur souveraineté comme primordiale et désintéressée.

MINERVE

Tu servais pour te rendre digne de la liberté.

278 l'ROMETHKK

PROMETHEE.

EX pour rien au monde je ne voudrais changer avec

l'oiseau du tonnerre, et, superbe, tenir les foudres du maître en une serre d'esclave. Que sont-ils? que suis-je?

MINERVE

Ta haine est injuste! Les dieux ont reçu en partage la durée et la puissance et la sagesse et l'amour.

PROMETHEE.

Oui. j'en conviens , mais non pas seuls ! Comme eux je dure ! — Tous nous sommes éternels! — Je ne me souviens pas de mon commencement, je n'ai nulle envie de finir, et ne vois pas de lin. Je suis donc éternel, car je suis ! — La sagesse?

Conduisant Minerve parmi le? slatues.

Vois ces fronts ! mon doigt ne l'y a-t-il pas bien imprimée, et ce sein puissant craint-il de s'élancer au-devant du péril qui nous circonvient tous?

Il s'arrête en face d'une image de femme.)

Et toi, Pandore, vase sacre de tous les dons qui nous enchantent sous les vastes cieux , sur la terre infinie, toi l'unique volupté qui jamais ait ravivé mes sens, toi le bannie dont la fraîcheur des ombres m'inondait, toi le rayon amoureux qui m'enivrait au printemps , le seul flot tiède de la mer qui soit venu caresser ma poitrine , toi de qui s'émanaient pour moi toute pureté, toute splendeur celeste, tout le repos de l'âme que je goûtai jamais , toi mon tout, oui, mon tout, — ma Pandore !

MINERVE

Jupiter t'a défendu de leur donner la vie, si tu acceptais

1rs conditions qu'il te propose.

Page 1