SOUVENIR VIVANT
Dérober à sa bien-aimée un ruban, un nœud, lorsqu'elle se fâche à demi et à demi permet, c'est beaucoup pour vous, je veux le croire, et vous laisse votre illusion : un voile, un fichu, une jarretière, une bague, ne sont pas vraiment bagatelles, mais, pour moi, ce n'est point assez.
Une partie vivante de sa vie, voilà ce qu'après une douce résistance la belle chérie m'a donné, et tout le reste n'est rien. Que toute votre friperie me fait rire! Elle m'a donne de ses beaux cheveux, l'ornement de son visage divin !
Au moins dans mes regrets, ma bien-aimée, tu ne m'es pas entièrement enlevée : elle est là, cette relique de toi, là, pour que je la voie, la touche, et l'embrasse. — Nos destinées sont pareilles, ces cheveux et moi; jadis nous frémissions autour d'elle avec une égaie ardeur ; maintenant nous voilà bien loin d'elle.
Nous lui tenions de près alors; nous caressions ses rondes joues, un désir suave nous charmait et nous attirait, nous nous laissions glisser jusque sur son sein épanoui. 0 rival inoffensif, doux présent , trésor adoré, rappelle-moi mon bonheur, mon ivresse!