‹ PoésiesChapitre 60 sur 225 · A MIGNON · texte numérisé non relu

A MIGNON

Sur la vallée et le fleuve porté s'élève dans l'air pur le char du soleil. Helas! en son cours il réveille chaque matin, comme la tienne, ma douleur dans mon cœur.

La nuit non plus ne m'est guère propice, car les songes eux-mêmes prennent pour moi de sombres formes, et je sens en silence , dans mon cœur, de ces douleurs agir secrètement la force créatrice.

Déjà, depuis maintes belles années, je vois là-bas des barques naviguer : chacune arrive a sa destination ; mais, helas ! ces douleurs immobiles de mon cœur, le fleuve ne les emporte pas.

Me voici paré de beaux habits ; je les ai tirés de l'armoire parce que c'était fête aujourd'hui : nul ne soupçonne que je porte en mon sein un cœur rongé d'âpres douleurs.

Toujours quand je suis seul je pleure ; cependant je garde un air souriant, un air de santé, de fraîcheur même. Ah ! si elles étaient mortelles ces douleurs , depuis longtemps je n'existerais plus.

A BELINDE

Pourquoi m'attire* ainsi irrésistiblement au milieu de ee luxe ? Bon jeune homme , n'etais-je donc pas heureux dans ma nuit solitaire ? Oublié dans ma chambrette , alors je reposais au clair de lune, tout inondé de sa lumière frémissante, et je songeais.

Alors je rêvais les heures dorées d'une félicité sans mélange, déjà mon âme avait pressenti ton image chérie.

Suis-je bien le même homme, moi que tu retiens désormais devant une table de jeu , moi que tu forces à rester plante là, immobile, devant des figures souvent insupportables ?

Le printemps en fleur ne m'attire plus désormais dans la plaine ; où tu es, ange, est l'amour et la grâce, où tu es, la nature !

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