LE PÊCHEUR
L'onde murmurait, l'onde s'enflait, un pécheur était assis au bord, reposant ses yeux sur son hameçon , calme jusque dans le fond du cœur. Et comme il est assis, comme il guette, le Ilot monte et se sépare, et du sein de la vague émue une femme humide s'élance.
Elle lui chanta, elle lui parla : « Pourquoi attires-tu avec l'esprit et la ruse de l'homme mon engeance la-haut vers la chaleur mortelle. Ah! si tu savais comme le poisson est bien dans la profondeur, tu descendrais tel que tu es, et te sentirais si dispos !
(( Le clair soleil ne se baigne-t-il pas dans la mer, et la lune aussi? Leur visage, lorsqu'il respire l'onde, ne te revient-il pas deux fois plus beau : le ciel profond ne t'attiret-il pas la transparence humide? et ta propre image ne t'attire-t-elle pas dans la rosée éternelle? »
L'onde murmurait, l'onde s'enflait et mouillait son pied nu ; son cœur se gonflait plein d'une vague ardeur comme au salut d'une maîtresse; elle lui parla, elle lui chanta; ce fut fait de lui : moitié de gré , moitié de force , il tomba , et jamais on ne le revit plus.