‹ PoésiesChapitre 24 sur 64 · SOLO DE LUNE · texte numérisé non relu

SOLO DE LUNE

Je fume, étalé face au ciel, .J^,.,^ Sur rimgériale de la diligence, /

Ma carcasse est cahotée, mon âme danse Gomme un Ariel; ,, ^ Sans miel, sans fiel, ma belle âme danse, 0 routes, coteaux, ô fumées, ô vallons, Ma belle âme, ah ! récapitulons.

Nous nous aimions comme deux fous,

On s'est quitté sans en parler,

Un spleen me tenait exilé,

Et ce spleen me venait de tout. Bon.

Ses yeux disaient : « Comprenez-vous ?

« Pourquoi ne comprenez-vous pas ? »

Mais nul n'a voulu faire le premier pas, Voulant trop tomber ensemble à genoux.

(Comprenez-vous ?)

Oiî est-elle à cette heure ?

Peut-être qji'elle pleure...

Où est-elle à cette heure?

Oh I du moins, soigne-toi, je t'en conjure!

0 fraîcheur des bois le long de la route,

0 châle de mélancolie, toute âme est un peu aux écoutes.

Que ma vie

Fait envie !

Celte impériale de diligence lient de la magie.

Accumulons l'irréparable !

Renchérissons sur notre sort!

Les étoiles sont plus nombreuses que le sable

Des mers où d'autres ont vu se baigner son corps J

Tout n'en va pas moins à la Mort.

Y a pas de port.

DERNIEIIS VERS 107

Des ans vont passer là-dessus,

On s'endurcira chacun pour soi,

Et bien souvent et déjà je m'y vois,

On se dira : « Si j'avais su... »

Mais mariés de même, ne se fût-on pas dit

a Si j'avais su, si j'avais sul... »?

Ah ! rendez-vous maudit I

Ah ! mon cœur sans issue 1...

Je me suis mal conduit.

Maniaques de bonheur,

Donc, que ferons-nous ? Moi de mon âme.

Elle de sa faillible jeunesse ?

0 vieillissante pécheresse,

Oh 1 que de soirs je vais me rendre infâme

En ton honneur 1

Ses yeux clignaient: « Comprenez-vous?

» Pourquoi ne comprenez-vous pas ? »

Mais nul n'a fait le premier pas Pour tomber ensemble à genoux. Ah I...

La Lune se lève,

0 route en grand rêve 1...

illS POÉSIES

On a dépassé les filatures, les scieries,

Plus que les bornes kilométriques,

De petits nuages d'un rose de confiserie,

Cependant qu'un fin croissant de lune se lève,

0 route de rêve, ô nulle musique...

Dans ces bois de pins où depuis

Le commencement du monde

Il fait toujours nuit,

Que de chambres propres et profondes 1

Oh ! pour un soir d'enlèvement I

Et je les peuple et je m'y vois,

Et c'est un beau couple d'amants.

Qui gesticulent hors la loi.

Et je passe et les abandonne.

Et me recouche face au ciel.

La route tourne, je suis Ariel,

Nul ne m'attend, je ne vais chez personne.

Je n'ai que l'amitié des chambres d'hôteL

La lune se lève,

0 route en grand rêve,

0 route sans terme,

Voici le relais,

Où l'on allume les lanternes,

bEKMKRS V£llS 109

Où l'on boit un verre de lait, Et fouette postillon, Dans le chant des grillons, Sous les étoiles de juillet.

0 clair de Lune,

Noce de feux de Bengale noyant mon infortune,

Les ombres des peupliers sur la route...

Le gave qui s'écoute,...

Qui s'écoute chanter...

Dans ces inondations du ûeuve du Léthé...

0 Solo de lune,

Vous défiez ma plume.

Oh I cette nuit sur la route ;

0 Etoiles, vous êtes à faire peur.

Vous y êtes toutes 1 toutes 1

0 fugacité de cette heure...

Oh ! qu'il y eût moyen

De m'en garder l'âme pour l'automne qui vient I.

Voici qu'il fait très, très frais,

Oh ! si à la même heure,

Elle va de même le long des forêts,

110 t>OÉSl£S

Noyer son infortune

Dans les noces du clair de lune !..,

(Elle aime tant errer tard I)

Elle aura oublié son foulard,

Elle va prendre naal, vu la beauté de l'heure 1

Oh ! soigne-toi, je t'en conjure 1

Oh 1 je ne veux plus entendre cette toux I

Ah ! que ne suis-je tombé à tes genoux I Ah 1 que n'as-tu défailli à mes genoux 1 J'eusse été le modèle des époux !

Commelefrou-froudetarobeest le modèle des frou-frou.

DEIINIEIIS VEnS m

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