‹ Poésies légèresChapitre 125 sur 132 · SCÈNE VIII. 26 L · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII. 26 L

2EUXIS, (Tan air fier.

Il est devant vos yeux.

ASP ASIE.

Je me jette à vos pieds ; contre un injuste maître ,

Contre un mortel odieux , J^invoque en ce moment votre appui tutélaire.

ZEUXIS

Ah! disposez de moi; pour vous que puis-je faire?

ASPASIE

Aux bords siciliens , le desliu des combats Des fers d'Alcibiade a chargé ma jeunesse : Sans égard pour mes pleurs , à mes faibles appas Il offrit le tribut de sa fausse tendresse : J'ai dédaigné ce cœur prodigué chaque jour ; Et , bravant ses rigueurs, ses bienfaits , et sa rage , Maîtresse de moi-même au sein de l'esclavage, Je subirai la mort plutôt que son amour.

ZEUXIS

Quels rapports étonnants ! ma surprise estextrême ;

Le sortpar nos malheurs a voulu nous lier ;

Alcibiade ici nous a traités de même :

Vous êtes sa captive et moi son prisonnier ;

Tous deux il prétend nous contraindre , Vous de l'aimer , moi de le peindre.

ASPASIE

Mais c'est en vain ; les immortelles sœurs Du haut de l'IIélicon affrontent la tempête.

ZEUXIS

De la beauté les timides faveurs Sont le prix de l'amour, et non pas sa conquête.

ASPASIE

C'est par des vœux que l'on doit mériter Un trait de co piccciiu que La gloire environne.

ZEUXIS

Cest à genoux qu'il faut solliciter Un regard de Théone.

( à par t. ) Ah ! si je pouvais à mon tour Lui ravir l'objet qu'il adore.

ASPASIE

Ah ! l'étincelle de Tamour

Au fond de son cœur vient d'éclore,

ZEUxis , ûf ec une sensibilité graduée.

Jadis , empruntant quelques traits

Aux plus rares beautés d'Athène ,

Dans l'immortel tableau d'Hélène

Je sus réunir leurs attraits :

Cette Hélène eût été plus belle, Si l'amour eût alors vers moi guidé tes pas , Et pour lui prodiguer les plus touchants appas,

Je n'aurais voulu qu'un modèle.

ASPASIE, en regardant Zeuxis auec modestie et tendresse.

Ah ! si du moins dans mes revers D'un maître aimé j'eusse été le partage , Trop heureuse alors dans les fers , Je bénirais mon esclavage.

£NSEMBL£.

zELxis, vivement.

Mais je pourrais briser les fers , Belle Théone , accepte mon hommage ;

L'amour doit finir tes revers , Et t'arracher à l'esclavage.

ASPASIE

Ah ! si jamais Jans mes revers D'un maître aimé je deviens le partage ,

Tropheureuse alors dan» fers, Je bénirai mon esclavage.

ASPASIE

A cet espoir charmant mon cœur ne peut s'ouvrir , Et vous-même en ces lieux....

zErxis.

Fiez-vous à mon zèle.

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