ÉLOGE DES ORAGES
Air : Je croyais pouvoir en tous lieux.
Chaque chose a son beau côté j J'en pourrais citer mille preuves :
C'est une vieille vérité ; Mais en est-il beaucoup de neuves?
Nous faudra-t-il peindre toujours Un temps calme, un ciel sans nuages ?
On a tout dit sur les beaux jours j Moi, je veux chanter les orages.
Du printemps les riantes fleurs Ne sont encor que des promesses ; Mais dans ses fécondes chaleurs L^été prodigue les richesses :
L'automne vient pour attrister Et notre vie et nos bocages ; L'hiver se passe à regretter La belle saison des orages.
Errante au milieu des forêts , La tendre veuve de Sychée , De la foudre craignant les traits , Dans une grotte s'est cachée.
Énée , en ces lieux embusqué, Du moment saisit l'avantage , Et cet hymen un peu brusqué S'improvisa pendant l'orage.
Depuis deux ans Laure et Melcourt Dans l'hymen trouvent le divorce.
Le tonnerre gronde ; elle accourt.
De la calmer l'époux s'eiTorce.
Six mois après de sa frayeur Laure lui donne un autre gage ;
Melcourt consulte le docteur j C^est , dit-il , Teffet de l'orage.
Quand le naulonnier sur les mers Poursuit sa course périlleuse, Il aime à voir les flots amers Tourmenter sa nef orgueilleuse :
Mais si dans un calme honteux.
Neptune encbaîue son courage, Au ciel , en adressant ses vœux , Il ne demande qu'un orage.
g Au champ d'honneur, au champ des arts ,
Vous qui poursuivez la victoire , Tout est périls, tout est hasards Dans la carrière de la gloire :
Pour atteindre aux succès hrillants, Sachez affronter les naufrages; <
La nohle palme des talents i
Fleurit au milieu des orages. ]
La vie est un vaste océan ;
Où chacun de nous s'achemine; ^
L'un fait sa course en moins d'un au , ■
L'autre en un siècle la termine :
C'est là que finit le rapport , Car , dans ce risible voyage , La crainte nous amène au port , L'espoir nous suivait dans l'orage.
POESIES LEGERES. lOp