‹ Poésies légèresChapitre 41 sur 132 · ANECDOTE DRAMATIQUE · texte numérisé non relu

ANECDOTE DRAMATIQUE

Au bruit d'une fade musique , Qu'attristaient des vers langoureux , Hier , à l'Opéra-Comique , Je bâillais comme un bienheureux :

Un voisin me tira de peine , Et grâce à lui je distinguai , Dans une loge d'avant-scène , Un spectacle beaucoup plus gai.

Malgré l'obstacle de la grille Je voyais un jeune homme assis Près d'une femme veuve ou fille , Ce point me semblait indécis ; Mon voisin, qu'une longue étude Ne mettait jamais en défaut, Jugea , d'après son attitude , Qu'elle était femme ou peu s'en faut.

J'avais d'abord peine à comprendre

Comment à ces chants ennuyeux

Cette belle paraissait prendre

Un intérêt prodigieux :

N'en cherchons pas plus loin la cause ,

Me dis-je ; dans tout ce fracas

Elle aura saisi quelque chose

Que le public n'aperçoit pas.

Mais bientôt elle manifeste

De son cœur le trouble croissant ;

Son maintien , son regard , son geste ,

Expriment tout ce qu'elle sent :

Sur la giille sa main posée Atteste par son tremblement , Que sa raison est maîtrisée Par la force du sentiment.

De la musique sur notre ame

Voyez quel différent effet ;

De plaisir la dame se pâme

Dans un duo que Ton sifflait j

Mais tout lui plaisait , il me semble , ■

Car je fus encor plus surpris , ;

A la fin du morceau d'ensemble, i

De l'entendre demander bis.

Je riais de sa folle ivresse ;

Mais le voisin , grand connaisseur , \

Interprétait arec finesse ■

Tous les mouvements de son cœur.

La grille se baisse , la dame

Paraît dans toute sa splendeur.

— Ciel ! — Qu'avez-\ous?.... C'était la femme

De mon voisin l'observateur.

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