ANECDOTE DRAMATIQUE
Au bruit d'une fade musique , Qu'attristaient des vers langoureux , Hier , à l'Opéra-Comique , Je bâillais comme un bienheureux :
Un voisin me tira de peine , Et grâce à lui je distinguai , Dans une loge d'avant-scène , Un spectacle beaucoup plus gai.
Malgré l'obstacle de la grille Je voyais un jeune homme assis Près d'une femme veuve ou fille , Ce point me semblait indécis ; Mon voisin, qu'une longue étude Ne mettait jamais en défaut, Jugea , d'après son attitude , Qu'elle était femme ou peu s'en faut.
J'avais d'abord peine à comprendre
Comment à ces chants ennuyeux
Cette belle paraissait prendre
Un intérêt prodigieux :
N'en cherchons pas plus loin la cause ,
Me dis-je ; dans tout ce fracas
Elle aura saisi quelque chose
Que le public n'aperçoit pas.
Mais bientôt elle manifeste
De son cœur le trouble croissant ;
Son maintien , son regard , son geste ,
Expriment tout ce qu'elle sent :
Sur la giille sa main posée Atteste par son tremblement , Que sa raison est maîtrisée Par la force du sentiment.
De la musique sur notre ame
Voyez quel différent effet ;
De plaisir la dame se pâme
Dans un duo que Ton sifflait j
Mais tout lui plaisait , il me semble , ■
Car je fus encor plus surpris , ;
A la fin du morceau d'ensemble, i
De l'entendre demander bis.
Je riais de sa folle ivresse ;
Mais le voisin , grand connaisseur , \
Interprétait arec finesse ■
Tous les mouvements de son cœur.
La grille se baisse , la dame
Paraît dans toute sa splendeur.
— Ciel ! — Qu'avez-\ous?.... C'était la femme
De mon voisin l'observateur.
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