A L'OCCASION DE MA SORTIE DE PRISON
Et chantés à la suite d'un banquet que nous donnèrent quelcjues amis ,
Le 23 mai îSaS.
Des jours de ma captivité
J'ai compté la trentième aurore :
Vieux amant de la liberté ,
Je recouvre un bien que j'adore j
Mais pour en jouir avec vous ,
S'il faut, abjurant vos lumières,
Louer les méchants et les fous.
Ah ! qu'on me ramène aux carrières.
S'il faut de la patrie en pleurs
Repousser la plainte héroïque j
S'il faut à ses vrais défenseurs
Ravir leur couronne civique;
Si du parti de l'étranger
Il faut arborer les bannières ;
S'il faut craindre uu noble danger,
Ah ! qu'on me ramène aux carrières.
Si, pour honorer les cachots,
Thémis , transformée en fmne,
Entassait dans ses noirs caveaux
Talents, vertus, gloire, génie;
Si l'erreur ou la trahison
Des lois renversaient les barrières ;
Si Kœklin allait en prison ,
Ah ! qu'on me ramène aux carrières.
POÉSIES LEGERES. l8l