‹ Poésies légèresChapitre 95 sur 132 · LE TESTAMENT DE L'AMOUR · texte numérisé non relu

LE TESTAMENT DE L'AMOUR

Vulcain des bosquets de Paphos Avait enlevé Dionée , Et dans les forges de Lemnos La retenait emprisonnée.

Du plus fort le droit rigoureux Triompha de sa résistance :

Un beau jour Yulcain fut heureux , Et l'Hymen reçut la naissance L'Amour Tapprend :quel déplaisir !

Un froid mortel vient le saisir.

Le mal croît ; pour ses jours on tremble- Ah ! dit Vénus , il en mourra :

Je l'ai prévu j ces enfants-là . Ne pourront jamais vivre ensemble.

Quand il est en santé , l'Amour A Tavenir ne songe guères j Au moment de perdre le jour Il veut mettre ordre à ses affaires.

Aussitôt on voit accourir

POÉSIES LEGERES. ^ l i)

Le garde-note de Cylhère.

C'en est fait , F Amour va mourir !

Quel dieu pourra le secourir?

Il a fait venir un notaire.

Près de succomber à ses maux ,

L'Amour, entr'ouvraut sa paupière,

D'une voix mourante , eu ces mots

Dicte sa volonté dernière ;

« Par le présent acte arrêté,

» Consenti , revu , constaté ,

» Le tout dans la forme ordinaire ,

» J'établis la Fidélité

» Ma principale légataire,

» Et je nomme la Volupté

î) Exécuteur testamentaire.

» Je lègue au Plaisir nîon berceau ,

)) Mon patrimoine à l'Espérance ,

» Mes ailes à la Jouissance,

» A la Discorde mon flambeau ,

» A la Justice mon bandeau,

» Et mes armes à l'Innocence ;

» Enfin, pour contenter les vœux

» Que je forme encor sur la terre,

» Je demande que le Mystère

» Dans le fond d'un désert affreux

» Cache ma tombe solitaire ;

» Que sur ce triste monument

» On grave pour tout ornement

» Ces mots en style lapidaire :

» Ci-git du monde le soutien ,

» Lejléau, V espoir ou Venvie ,

» Le plus grand mal, le plus grand bien ,

» Un ange , un monstre, un dieu, tout , rien.

» Ci-git f Amour... . Adieu la vie! »

Il dit , et ferme ses beaux yeux.

Le Soleil pâlit dans les cicux ; Un voile épais couvre la terre;

'2.10 POESIES LLGEIîES.

Le désespoir est dan; Cyîhere , Et du monde attristé les dieux Partagent la douleur amère; £n&u , dans les bras de sa mère , Qui voudrait avec lui mourir , L'Amour, en accusant sou frère, Exhale son dernier soupir.

Dans des lieux stériles, agrestes,

Comme il Ta prescrit en mourant,

Sur les bords glacés d'un torrent

On dépose ses tristes restes :

Là les Jeux, les Grâces en deuil.

De pleurs arrosant son cercueil.

Attendaient la troisième aurore.

Elle naît , spectacle enchanteur !

Ce n'est plus ce séjour d'horreur ,

Ce désert que le ciel abhorre-,

C'est un vallon chéri de Flore ,

Où la rose , qui vient d'éclore ,

Exhale ses douces odeurs ;

Oiî la nature se décore

De fruits , de feuillage et de fleurs ;

Tout croît, tout s'unit, tout fermente,

Tout s'embrase de feux nouveaux ,

Et jusque dans le sein des eaux

Circule une sève brûlante.

Bientôt dans ce riant séjour

Le plus doux miracle s'achève :

Un myrte fleurit et s'élève

Sur cette tombe où fut l'Amour :

Sous sou ombrage solitaire ,

Daphnis et la jeune Glycèrc

Se livrent à d'aimables jeux 5

Dans rinnocence de leurs vœux

Une ardeur plus vive , plus tendre ,

De sou charme vient les surprendre ,

Et tout-à-coup, au milieu d'eux ,

Un Ions soupir se fait entendre.

Quel enfant paraît à leurs yeux ?

C'est lui î.... qui pourrait s'y méprendre!....

C'est l'Amour : plus brillant , plus beau ,

Il sort de la nuit du tombeau :

Tel on voit l'oiseau d'Arabie

Au sein d'un bûcher parfumé

Puiser une nouvelle vie

Dans les feux qui l'ont consumé.

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