ODE VIII
Prière de Jésus-Christ sur la croix.
Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez -vous oublie? Contemplez à quel point je suis humilié. Tournez vos yeux... Non , non, ils ne peuvent du crime Regarder la victime.
Oui , tandis que les miens sont au ciel attachés, Tandis que je me plains, le cri de mes péchés. Ce cri qu'entend toujours votre justice sainte. Est plus fort que ma plainte.
Proscrit, frappé, mourant ,^ en ce triste abandon. Tous mes gémissemens répètent votre nom. Pourquoi, Seigneur, pourquoi malgré leur violence Gardez-vous le silence ?
Nos pères autrefois vous savoient attendrir ; Nos pères vous trouvoient prompt à les secourir: Comme eux je vous implore, et ma voix lamentable Vous trouve inexorable.
Que suis-je? Un ver de terre, un objet odieux, L'opprobre et le rebut d'un peuple furieux: Qui me voit, me méprise, et, secouant la tête, A m'insulter s'apprête.
« Voilà donc, disent-ils, ce que Dieu fait pour lui : « S'il veut le délivrer, qu'il se hâte aujourd'hui ; « Son Dieu, ce protecteur tant vanté par lui-même, « Qu'il le sauve, s'il l'aime. )>
Reçu dans votre sein lorsque je vins au jour, Je fus toujours , Seigneur, l'objet de votre amour: Rappelez maintenant, rappelez , le temps presse. Toute votre tendresse..
Entouré de lions à ma perte animés.
De tigres furieux et de loups affamés, Tout mon sang est glacé , ma peau devient livide, Et ma langue est aride.
3e sens que tout en moi se trouble et se confond : Comme l'eau qui s'écoule et la cire qui fond , Mon cœur, qui s'abandonne à sa langueur extrême, Se dérobe à moi -même.
Que n'ont point sur mon corps osé ces inhumains ! Us m'ont percé les pieds, ils m'ont percé les mains; Us ont compté mes os, et sur moi de leur rage Ont contemplé l'ouvrage !
N'a-t - on pas vu par eux mes habits partages. Va les arrêts du sort par eux interrogés? Ma robe en fut l'objet: le sort leur fît eonnoître Quel en seroit le maître.
Sauvez- moi des fureurs de ces lions ardens: Que l'agneau soit par vous arraché de leurs dents. De vous seul, 6 mon Dieu, mon unique espérance, J'attends ma délivrance.
Mes désirs seront écoutés ; J'annoncerai partout de sublimes mystères ,
Et, consolateur de mes frères.
J'irai bientôt du ciel révéler les bontés.
Vous que Dieu remplit de sa crainte.
Le soin de le louer est votre auguste emploi.
Enfans d'Israël , race sainte , Pour chanter votre maître unissez -vous à moi.
Enfin d'un regard secourable Il a daigné, ce Dieu, contempler mes tourmens,
Et d'une oreille favorable Entendre ma prière et mes gémissemens.
Au sacrifice que j'apprête Ses saints de toutes parts vont être ctonviés :
Les heureux témoins de ma fête.
Assis à mon festin, seront rassasiés.
Je prépare un pain délectable Qui guérira les cœurs de toute infirmité :
Pauvres et riches à ma table Se nourriront des fruits de l'immortalité.
L'univers, rempli de ma gloire, Retentira d'un nom par ma voix publié ;
Et les hommes à leur mémoire Rappelleront ce Dieu si long- temps oublié.
Environnés de sa lumière, Et frappés d'un éclat inconnu jusqu'alors,
Ils tomberont sur la poussière Pour adorer celui qui réveille les morts.
Un peuple nouveau va paroître ; Sa race couvrira la terre en un moment :
Et de l'empire prêt à naître La justice sera l'éternel fondement.
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