‹ PoésiesChapitre 142 sur 150 · SCÈI^^ IV FLORISE, ARISTE · texte numérisé non relu

SCÈI^^ IV FLORISE, ARISTE

ARISTE

C'est trop vous désolcj^ En vérité, madame, il ne vaut point la peine Du moindra sentiment de colère ou de bains;

148 LE HÉCHAIVr

Libre de yos chagrins, partagez seulement Le plaisir que Chloé ressent en ce moment D'avoir pu recouvrer l'amitié de sa mère. Et de vous voir sensible à l'espoir de Valère. Vous ne m' étonniez point, au reste, et vous deviei Attendre de Gléon tout ce que vous voyez.

FLORISE

Qu'on ne m'en parle plus : c'est un fourbe exécrable, Indigne du nom d'homme , un monstre abominable, Trop tard pour mon malheur je déteste aujourd'hui Le moment où j'ai pu me lier avec lui. Je suis outrée I

ARISTE

n faut sans tarder, sans mystère, Qu'il soit chassé d'ici.

FLORISE

Je ne sais comment faire, Je le crains : c'est pour moi le plus grand embarras.

ARISTE

Méprisez-le à jamais, vous ne le craindrez pas. Voulez-vous avec lui vous abaisser à feindre ? Vous l'honoreriez trop en paraissant le craindre; Osez l'apprécier : tous ces gens redoutés. Fameux par les propos et par les faussetés, Vus de près ne sont rien ; et toute cette espèce N'a de force sur nous que par notre faiblesse : Des femmes sans esprit, sans grâces, sans pudeur Des hommes décriés, sans talents, sans honneur. Verront donc à jamais leurs noirceurs impunies, Kou» tieiulront dans la crainte à force d'infamies.

ALTE V, SCEAE IV %tg^

Et se feront un nom d'une méchanceté

Sans qui Von n'eût pas su qu'ils avaient eiisté I

Non; il faut s'épargner tout égard, toute feinte;

Les braver sans faiblesse, et les nommer sans crainte.

Tôt ou tard la vertu, les grâces, les talents,

Sont vainqueurs des jaloui et vengés des méchants,

?LORISE.

Mais songez qu'il peut nuire à toute ma famille, Qu'il va tenir sur moi, sur Géronte et ma fille Les plus affreux discours —

ÀRISTE.

Qu'il parle mal ou bien, D est déshonoré, ses discours ne sont rien; D vient de couronner l'histoire de sa vie. Je vais mettre le comble à son ignominie Ea écrivant partout les détails odieux De la division qu'il semait en ces lieux. Autant qu'il faut de soins, d'égard et de prudence Pour ne point accuser l'honneur et l'innocence. Autant il faut d'ardeur, d'inflexibilité Pour déférer un traître à la société ; Et l'intérêt commun veut qu'on se réunisse Pour flétrir un méchant, pour en faire justice. J'instruirai l'univers de sa mauvaise foi Sans me cacher ; je veux qu'il sache que c'est moi. Un rapport clandestin n'est pas d'un honnête homme? ^uand j'accuse quelqu'un, je le dois, et me nomme.

FLORISE

Non; si vous m'en croyez, laissez-moi tout le som Ue l'éloigner de nous, sans éclat, sans témoin.

150 LE -Jlî^CllANT

Quelque peine que j'aie à soutenir sa rue. Je veux l'entretenir, et dans cette entrevue Je Tais lui faire entendre intelligiblement Qu'il est de trop ici : tout autre arrangement Ne réussirait pas sur l'esprit de mon frère ; Ciion plui> <jue jamais a le don de lui plaire: Us ne se quittent plus, et Géronte prétend Qu'il doit à sa prudence uji service important. Enfin, vous le voyez, vous avez eu beau dire Qu'on soupçonnait Cléon d'une affreuse satire, Géronte ne croit rien : nul doute, nul soupçon N'a pu faire sur lui la moicdre impression.,.. Mais ils vieunent, je crois : sortons ; je vais attendre Que CléoQ soit tout seul.

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