CHANT TROISIÈME
Ils furent tous oubliés eu deui jours,
Tant il trouya la langue à la dragonne
Plus du bel air que les termes de nonne I
En moins de rien, l'éloquent animal,
(Hélas! jeunesse apprend trop bien le mal!)
L'animal, dis-je, éloquent et docile.
En moins de rien fut rudement habile.
Bien vite il sut jurer et maugréer
Mieux qu'un vieux diable au fond d'un bénitier.
Il démentit les célèbres maximes
Où nous lisons qu'on ne vient aux grand crimes
Que par degrés : il fut un scélérat
Profès d'abord, et sans noviciat.
Trop bien sut-il graver en sa mémoire
Tout l'alphabet des bateliers de Loire ;
Dès qu'un diceux, dans quelque vertigo.
Lâchait un mor,..i Ver- Vert faisait l'écho t
Lors applaudi par la bande susdite,
Fier et content de son petit mérite,
Il n'aima plus que le honteux honneur
De savoir plaire au monde suborneur;
Et, dégradant son généreux organe.
Il ne fut plus qu'un orateur profane.
Faut-il qu'ainsi l'exemple séducteur
Du ciel au diable emporte un jeune cœur !
Pendant ces jours, durant ces tristes scènes. , Que faisiez-vous dans vos cloîtres déserts, Chastes Iris du couvent de Nevers:" Sans doute, hébas ! vous faisiez des neuvaines. Pour le retour du plus grand des iugrats, Pour un volage indigne de vos peines,
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Et qui, soumis à de nouvelles chaînes.
De vos amours ne faisait plus de cas.
Sans doute alors l'accès du monastère
Était d'ennuis Iristement obsédé ;
La grille était dans un deuil solitaire,
St le silence était presque gardé.
Cessez vos vœux, Ver- Vert n'en est plus dignes
A'er-Vert n'est plus cet oiseau révérend,
Ce perroquet d'une humeur si bénigne.
Ce cœur si pur, cet esprit si fervent.
Vous le dirai-je ? il n'est plus qu'un brigand,
Lâche, apostat, blasphémateur insigne :
Les vents légers et les nymphes des eau2 ^
Ont moissonné le fruit de vos travaui. i
Ne vantez point sa science infinie : '^
Sans ]a vertu, que vaut un grand génie ? *
N'y pensez plus : l'iniàme a, sans pudeur,
Prostitué ses talents et son cœur.
Déjà pourtant on approche de Nantes, Où languissaient nos sœurs impatientes ; Pour leurs désirs le jour trop tard naissait. Des cieux trop tôt le jour disparaissait. Dans ces ennuis, l'espérance flatteuse, A nous tromper toujours ingénieuse. Leur promettait un esprit cultivé ; Un perroquet noblement élevé, Une voix tendre, honnête, édifiante; Des sentiments, un mérite achevé; Mais, ô douleur 1 ô vaine et fausse attente !
La nef arrive, et l'équipage en sort.
Une lourière était assise au port.
CHANT TROISIÈME jg
Dès le départ de la première lettre,
Là chaque jour elle venait se mettre ;
Ses yeux, erraut sur le lointain des flots.
Semblaient hâter le vaisseau du héros.
En débarquant auprès de la béguine,
L'oiseau madré la connut à sa mine,
A son œil prude ouvert en tapinois,
A sa grand'coiffe, à sa fine étamine,
A ses gants blancs, à sa mourante voiî,
Et, mieux encore, à sa petite croix :
H en frémit, et même il est croyable
Qu'en militaire il la donnait au diable ;
Trop mieux aimant suivre quelque drsgoîi,
Dont il savait le bachique jargon,
Qu'aller apprendre encor les litanies,
La révérence, et les cérémonies.
Mais force fut au grivois dépilé
D'être conduit au gîte détesté.
Malgré ses cris, la lourière l'emporte ;
B la mordait, dit-on, de bonne sorte,
Chemin faisant; les uns disent au cou.
D'autres au bras; on ne sait pas bien cit :
D'ailleurs, qu'importe ? A la fin, non sam p«iD'
Dans le couvent la béate l'emEjène;
Elle l'annonce. Avec grande rumeur
Le bruit en court. Aux premières nouvelles
La cloche sonne. On était lors au chœur;
On quittte tout, on court, on a des ailes r
« C'est /ui, ma sœur I il est au grand parioîr | r
On vole en foule, on grille de le voir;
Les Tieilles même, au marcher symétrique.
if) VER-VERT
Des ans tardifs ont oublié le poids :
Tout rajeunit ; et la mère Angélique Courut alors pour la première fois.