MÉLIBÉE
Je n'en suis point jaloux; mais ce calme m'étonne, Tandis qu'au désespoir ici tout s'abandonne :
146 Poésies de Malfilâtre.
Piotinus aeger ago ; hanc etiam vix, Tityre, duco : Hîc inter densas corylos modo namque gemellos, Spem gregis, ah ! silice in nudâ connixa reliquit. Sajpè malum hoc nobis, si mens non lœva fuisset^ De cœlo tactas memini pi-sedicere quercus ; Sccpè sinistra cavâ praedixit ab ilice cornix.
EcL. I.
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Fragments des Égiogues. 147
Tout fuit; je vais moi-même, en de nouveaux climats, Traîner mes chers moutons compagnons de mes pas. Cette foible brebis, qui me suit avec peine, A laissé deux agneaux dans la forêt prochaine, Jumeaux nés d'aujourd'hui, mais perdus sans retour Et privés de leur mère en recevant le jour. J'aurois bien dû prévoir ces disgrâces funestes. Souvent j'ai vu ces pins frappés des feux célestes ; La corneille a souvent, du creux de cet ormeau, Par ses cris menaçants, effrayé le hameau.
FORTUNATE senex ! ergo tua rura manebunt, Et tibi magna satis, quamvis lapis omnia nudus, Limosoque palus obducat pascua junco :
Non insueta graves tentabunt pabula, fêtas, Nec mala vicini pecoris contagia lasdent. Fortunate senex ! hîc inter flumina nota, Et fontes sacros, frigus captabis opacum. Hinc tibi, qucC semper vicino ab limite sepes, Hyblaeis apibus florem depasta salicti, S^epè levi somnum suadebit inire susurro;
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OFORTUx\É vieillard !
Ce terrain te demeure et suffit à tes vœux, Quoiqu a peine le soc ouvre ce sol pierreux. Les eaux de ce marais, fangeuses et tranquilles. Couvrent tes prés de jonc et de roseaux stériles ; Mais, exempt de nos maux et libre de nos soins, Pour tes tendres brebis tu ne craindras du moins Ni l'effet dangereux d'un nouveau pâturage. Ni d'un troupeau malsain le triste voisinage. O fortuné vieillard ! dans un heureux repos, Ici tu jouiras de la fraîcheur des eaux, Près du fleuve sacré qui coule dans ces plaines, Et sous les arbres verts qui bordent ces fontaines. Ici, tressés en haie, et plantés de tes mains, Ces saules, de ton champ qui marquent les confins T'offriront du sommeil les douceurs passagères, Au murmure flatteur des abeilles légères,