‹ PoésiesChapitre 3 sur 89 · LES ROSES · texte numérisé non relu

LES ROSES

.L'air était pur , la nuit régnait «ans voiles ;

Elle riait du dépit de l'Amour ,

Il aime l'ombre; et le feu des étoiles.

En scintillant , formait un nouveau jour.

Tout s'y trompait. L'oiseau , d«m« *• *>oe*ge ,

Prenait minuit pour l'heure des concerts ;

Et les zéphyrs , surpris de ce ramage ,

Plus mollement le portaient dans les airs.

Tandis qu'au* champs quelques jeunes abeilles

Volaient encore en tourbillons légers, Le Printemps en silence répandait ses corbeilles , Et de ses doux présens embaumait nos vergers. ma mère ! on eut dit qu'une fête aux campagnes , Dans cette belle nuit , se célébrait tout bas j On eut dit que de loin mes plus chères compagnes Murmuraient des chansons pour attirer mes pas.

Pécoutais , j'entendais couler parmi les roses

Le ruisseau qui , baignant leurs couronnes écloaes ,

Oppose «m Toile humide ans brûlantes chaleurs.

Et moi , cherchant le frais sur la mousse et les fleurs ,

Je m'endormis. Ne grondez pas , ma mère l '

Dans notre enclos qui pouvait pénétrer?

Moutons et chiens, tout Tenait de rentrer, Et j'avais vu Daphnis passer avec son père.

Au bruit de l'eau , je sentis le sommeil Envelopper mon âme et mes yeux d'un nuage ,

Et lentement s'évanouir l'image

Que je tremblais de revoir au réveil!

Je m'endormis. Mais l'image, enhardie,

Au bruit de l'eau» se glissa dans mon cœur :

Le chant des bois , leur vague mélodie ,

En la berçant , fait rêver la pudeur.

En vain, pour m'éveiller, mes compagnes chéries Auraient fait de mon nom retentir les prairies ,

En me tendant leurs bras entrelacés ; J'aurais dit : Non , je dors , je veux dormir , dansez.

Mille songes couraient ; c'étaient les seuls nuages Que la lune teignît de ses vagues lueurs :

Comme les papillons sur leurs ailes volages De l'air qui les balance empruntent les couleurs. Calme, les yeux fermés, je me sentais sourire ; Des songes prêts à fuir je retenais l'essor ; Mais las de voltiger ( ma mère , j'en soupire ) , Ils disparurent tous. Un seul me trouble eneor : Un seul— Je vis Daphnis franchissant la clairière ;

Son ombre s'approcha de mon sein palpitant ; C'était une ombre ; et j'avais peur , pourtant : Mais le sommeil enchaînait ma paupière.

Doucement , doucement, il m'appela deux fois ;

J'allais crier, j'étais tremblante; Je sentis sur ma bouche une rose brûlante ; Et la frayeur m'ôta la voix.

Depuis ce temps, ne grondez pas; ma mère!

Daphnis , qui chaque soir passait avec son père , Daphnis me suit partout, pensif et curieux; ma mère ! il a vu mon rêve dans mes yeux !

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