LA PROMENADE D'AUTOMNE
A b souvient-il , ô mon âme , ô ma vie , D'un jour d'automne et pâle et languissant? Il semblait dire un adieu gémissant , Aux bois qu'il attristait de sa mélancolie.
Les oiseaux dans les airs ne chantaient plus l'espoir ;
Une froide rosée enveloppait leurs ailes ,
Et rappelant au nid leurs compagnes fidèles,
Sur des rameaux sans fleurs ils attendaient le soir.
Les troupeaux , à regret menés aux pâturages ,
N'y trouvaient plus que des herbes sauvages \ Et le pâtre , oubliant sa rustique chanson , Partageait le silence et le deuil du vallon.
Rien ne charmait l'ennui de la nature.
La feuille qui perdait sa riante couleur , , f Les coteaux dépouillés de leur verte parure ,
Tout demandait au ciel un rayon de chaleur.
£œule, je Wéloignais d'une fête bruyante, Je fuyais tes regards , je cherchais ma raison. Mais la langueur des champs , leur tristesse attrayante , A ma langueur secrète ajoutaient leur poison.
Sans but et sans espoir suivant ma rêverie, Je portais au hasard un pas timide et lent.
L'Amour m'enveloppa de ton ombre chérie , Et , malgré la saison , l'air me parut brûlant.
Je voulais , mais en vain , par un effort suprême , En me sauvant de toi , me sauver de moi-même. Mon oeil , voilé de pleurs , à la terre attaché , Par un charme invincible en fut comme arraché : A travers les brouillards une image légère Fit palpiter mon sein de tendresse et d'effroi. Le soleil reparaît , renvironne , l'éclairé , %
Il entr'ouvre les cieux. ... Tu parus devant moi. Je n'osai te parler; interdite, rêveuse, Enchaînée et soumise à* ce trouble enchanteur , Je n'osai te parler : pourtant j'étais heureuse , Je devinai l'amour, et j'entendis mon cœur.
Mais quand ta main pressa ma main tremblante , Quand un frisson léger fit tressaillir mon corps , Quand mon front se couvrit d'une rougeur brûlante ,
Dieu ! qu'est-ce donc que je sentis alors ?
J'oubliai de te fuir, j'oubliai de te craindre , Pour la première fois ta bouche osa se plaindre , Ma douleur à la tienne osa se révéler , . *
Et mon âme vers toi fut prête à s'exhaler !
Il m'en souvient ! — T'en souvient-il , ma vie ,
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De ce tourment délicieux , De ces mots arrachés à ta mélancolie :
« Ah ! si je souffre on souffre aux cieux ! »
Des bois nul autre aveu ne troubla le silence. Ce jour- fut de nos jours le plus beau, le plus doux. Prêt à s'éteindre , enfin il s'arrêta sur nous , Et sa fuite à mon cœur présagea ton absence !
L'âme du monde éclaira notre amour ; Je vis ses derniers feux mourir sous un nuage ; Et dans nos cœurs brisés, désunis sans retour „ Il n'en reste plus que l'image.
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