‹ PoésiesChapitre 70 sur 89 · L'ÉTRANGÈRE · texte numérisé non relu

L'ÉTRANGÈRE

Ah ! que le monde est difficile !

Hélas ! il n'est pas fait pour moi. Ma sœur, en ton obscur asile, J'étais plus heureuse avec toi.

On m'appelle ici l'étrangère ; C'est le nom de qui n'a point d'or.

Si je ris , je suis trop légère ; Si je rêve on en parle encor.

«Si je mêle à ma chevelure La fleur que j'aimais dans nos bois , le suis , dit-on , dans ma parure , Timide et coquette à la fois ; Puis-je ne pas la trouver belle ?

Le printemps en a fait mon bien ^ Pour me parer je n'avais qu'elle ; On l'effeuille , et je n'ai plus rien.

Je sors de cet âge paisible Où l'on joue avec le malheur.

Je m'éveille , je suis sensible , Et je l'apprends par la douleur.

Un seul être à moi s'intéresse; Il n'a rien dit , mais je le voi !

Et je yois même , à sa tristesse , Qu'il est étranger comme moi.

Ah ! si son regard plein de charmes Recèle un doux rayon d'espoir , Quelle main essuira les larmes Qui m'empêchent de l'entrevoir?

Soumise au monde, qui m'observe, Je dois mourir, jamais pleurer?

Et je n'use qu'avec réserve Du triste droit de soupirer !

ROMANCES. i8t

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