L'ÉTRANGÈRE
Ah ! que le monde est difficile !
Hélas ! il n'est pas fait pour moi. Ma sœur, en ton obscur asile, J'étais plus heureuse avec toi.
On m'appelle ici l'étrangère ; C'est le nom de qui n'a point d'or.
Si je ris , je suis trop légère ; Si je rêve on en parle encor.
«Si je mêle à ma chevelure La fleur que j'aimais dans nos bois , le suis , dit-on , dans ma parure , Timide et coquette à la fois ; Puis-je ne pas la trouver belle ?
Le printemps en a fait mon bien ^ Pour me parer je n'avais qu'elle ; On l'effeuille , et je n'ai plus rien.
Je sors de cet âge paisible Où l'on joue avec le malheur.
Je m'éveille , je suis sensible , Et je l'apprends par la douleur.
Un seul être à moi s'intéresse; Il n'a rien dit , mais je le voi !
Et je yois même , à sa tristesse , Qu'il est étranger comme moi.
Ah ! si son regard plein de charmes Recèle un doux rayon d'espoir , Quelle main essuira les larmes Qui m'empêchent de l'entrevoir?
Soumise au monde, qui m'observe, Je dois mourir, jamais pleurer?
Et je n'use qu'avec réserve Du triste droit de soupirer !
ROMANCES. i8t