‹ PoésiesChapitre 74 sur 89 · TS · texte numérisé non relu

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Sur les roses peut-être une abeille s'élance :

Je voudrais être abeille et mourir dans les fleurs f

Ou le petit oiseau dont le nid s'y balance.

Il chante , elle est heureuse ; et j'ai connu les pleurs.

Je ne pleurais jamais sous sa voûte embaumée;

Une jeune Espérance y dansait sur mes pas :

Elle venait du ciel , dont l'enfance est aim£e ;

Je dansais avec elle ; oh ! je ne pleurais pas.

Elle m'avait donné son prisme ; don fragile 1

J'ai regardé la vie à travers ses couleurs*

Que la vie était belle ! et , dans son vol agile ,

Que ma jeune Espérance y répandait de fleurs !

Qu'il était beau, l'ombrage où j'entendais les muses

Me révéler tout bas leurs promesses confuses !

Où j'osais leur répondre, et, de ma faible voix,

Bégayer le serment de suivre un jour leurs lois !

D'un souvenir si doux l'erreur évanouie

Laisse au fond de mon âme un long étonnement.

C'est une belle aurore à peine épanouie ,

Qui meurt dans un nuage; et je dis tristement:

Qu'a-t-on fait du bocage où rêva mon enfance? Oh ! j'en parle toujours ; j'y voudrais être encbr f Au milieu des parfums j'y dormais sans défense, Et le soleil sur lui versait des rayons d'or.

Mais au fond du tableau , cherchant des yeux sa proie,

J'ai vu je vois encor s'avancer le Malheur.

Il errait comme une ombre , il attristait ma joie

Sous les traits d'un vieux oiseleur.

Et le vieux oiseleur , patiemment avide , Aux pièges , avant l'aube , attendait les oiseaux ; Et le soir il comptait , avec un ris perfide , Ses petits prisonniers tremblans sous les réseaux.

Est-il toujours bien cruel , bien barbare , Bien sourd à la prière? et, dans sa main avare,

Plutôt que de l'ouvrir, Presse-t-il sa victime à la faire mourir?

Ah I du moins , comme alors , puisse une jeune fille Courir , en frappant l'air d'une tendre clameur , Renvoyer dans les cieux la chantante famille , Et tromper le méchant , qui faisait le dormeur ! Dieu ! quand on le trompait , quelle était sa colère ! Il fallait fuir : des pleurs ne lui suffisaient pas ; Ou , d'une pitié feinte exigeant le salaire , Il pardonnait tout haut , il maudissait tout bas. Au pied d'un vieux rempart, une antique chaumière

Lui servait de réduit ; Il allait s'y cacher tout seul et sans lumière,

Comme l'oiseau de nuit.

Un soir , en traversant l'église abandonnée , Sa voix nomma la Mort. Que sa voix me fit peur ! N Je m'envolai tremblante au seuil où j'étais née ,.

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Et j'entendis l'écho rire avec le trompeur.

« Dis, qu'est-ce (pie la Mort? » demandai-jeàmamère:

« C'est un vieux oiseleur qui menace toujours.

» Tout tombe dans ses rets , ma fille, et les beaux jours

» S'éteignent sous ses doigts comme un souffle éphémère. »

Je demeurai pensive et triste sur son sein.

Depuis j'allai m'asseoir aux tombes délaissées : Leur tranquille silence éveillait mes pensées ; Y cueillir une fleur me semblait un larcin.

L'aquilon m'effrayait de ses soupirs funèbres. La voix , toujours la voix m'annonçait le Malheur ; Et quand je l'entendais passer dans les ténèbres , Je disais : « C'est la Mort ou le vieux oiseleur. »

Mais tout change : l'autan fait place aux vents propices ,

La nuit fait place au jour , La verdure, au printemps, couvre les précipices, Et l'hirondelle heureuse y chante son retour: Je revis le berceau , le soleil et les roses. Ruisseau , tu m'appelais , je m'élançai vm toi. Je t'appelle à mon tour , clair ruisseau qui l'arroses ,

J'écoute» réponds-moi!

Qu'a-t-on fait du bocage où rêva mon enfance ? Oh î je le vois toujours l j'y voudrais être encor ! Au milieu des parfums j'y dormais sans' défense , Et le soleil sur lui versait des rayons d'or.

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