‹ PoésiesChapitre 76 sur 89 · A UN EXILÉ · texte numérisé non relu

A UN EXILÉ

ira êtk à s'élancer, joyeuse, Aux libres plaines des cieux , L'Hirondelle voyageuse A la saison pluvieuse Jetait un long cri d'adieu.

Sous un chêne solitaire Elle entend le rossignol ; Sa yoix lui fut toujours chère ; Et la jeune passagère Ecoute, et suspend son vol.

Elle recueille , attentive , L'accent qui cherche le cœur ; Mais ce chant qui la captive , Dans sa mesure moins vive , N'exprime plus le bonheur !

« A quoi rêvez-vous , dit-elle?

» Les zéphyrs sont au beau temps.

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» Sur la rive maternelle

» Le doux printemps vous appelle ;

» N'aimez-vous plus le printemps?

« — Sauvez-vous , pauvre petite ,

» Sans me demander pourquoi

» J'ai choisi ce sombre gîte :

» L'oiseleur , qu'en vain j'évite ,

» Vous l'apprendrait mieux que moi. »

Alors autour du grand chêne Elle entrevoit des réseaux ; Gémissante et hors d'haleine , Elle veut briser la chaîne Du roi des petits oiseaux.

« Vous n'êtes pas assez forte ,

» Dit-il; mais consolez-vous:

» Du monde il faut que tout sorte ; *

» Dieu n'y plaça qu'une porte,

» Et la Mort l'ouvre pour tous,

» Sur cette plage étrangère ,

» Égales à leur réveil ,

» Et la reine et la bergère ,

v » Sous le marbre ou la fougère,

» Dorment du même sommeil.

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» Sous cette loi simple et juste » On voit passer tour à tour » L'oiseleur , l'oiseau , l'arbuste , » Les rois et leur race auguste :

* J'y passerai donc un jour.

» Mais des rois l'ombre incertaine » Demande grâce souvent » Au destin qui les entraine:

» L'oiseau blessé qui s'y traîne » Se repose en arrivant.

» Là de la flèche empennée » Tous les traits sont amortis ; » Et la mère infortunée , » Libre et désemprisonnée , » Chante auprès de ses petits !

» Si votre piété naïve

» Ne craint pas de nouveaux pleurs ,

» Cherchez au bord de la rive

» Une feuille fugitive

» Où sont gravés mes malheurs (i). »

Sous l'ombre mystérieuse La feuille alors murmura ;

(i) La feuille de rose, de M. ArnaulU

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Et, long-temps silencieuse, Plus triste que curieuse, L'Hirondelle soupira.

« Adieu donc, s'écria-t-elle , » Puisqu'il faut partir sans tous !

» Puisse une feuille nouvelle » Quelque jour à l'Hirondelle » Révéler un sort plus doux ! *

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