‹ PoésiesChapitre 82 sur 89 · A LA TOUR DE ROUEN · texte numérisé non relu

A LA TOUR DE ROUEN

Par mon baptême , ô ma mère , Je voudrais être l'enfant Qui bondit sur la bruyère Avec l'agneau qu'il défend..

J'ai soif de l'eau qui murmure Et fuit là-bas dans les fleurs: L'eau de la tour est moins pure , Je la trouble avec mes pleurs.

Si le rayon d'une étoile Glisse au fond de ma prison , Les barreaux forment un voile Qui tourmente ma raison., Quand le fer qui le colore \ M'annonce que le jour luit , Le petit Artbur encore Est triste comme la nuit.

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Pour bercer ma jeune enfanoe , Voua saviez des airs touchans ; Et j'ai reçu la défense De me rappeler vos chants !

Mais que la flûte lointaine M'apporte un réveil plus doux, Je tressaille dans ma chaîne :

Ma mère ! je pense à vous.

Ce vieux gardien dont l'œil sombre Un soir me remplit d'effroi , Qui sur mes pas, comme une ombre, Fit peur au pauvre enfant-roi , J'ai vu son front, moins austère, Vers ses enfans se baisser :

Hélas ! que n'est-il mon père l Il daignerait m'embrasser.

Lorsque la fièvre brûlante Sur lui fit planer la mort , Sa bouche , pâle et tremblante , Dit qu'il avait un remord.

De cette affreuse démence Cherchant à le secourir, J'ai chanté votre romance Pour l'empêcher de souffrir.

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Aux sont de la vieille harpe Il «'endormit «or mon sein , Enveloppé de l'écharpe Dont me para votre main.

Une reine l'a brodée :

Mon geôlier la garde encor., Je ne l'ai pins demandée ; Et c'était mon seul trésor !

Peut-être ce sacrifice

En secret l'attendrira ,

Et qu'à vos larmes , propice ,

Un moment il me rendra.

Mes biens , mes jours , ma couronne ,

Tout ce qu'ils brûlent d'avoir ,

Oui , ma mère , je le donne ;

Mais avant je veux vous voir.

Malgré leur veille farouche

J'appris seul à retracer

Le premier nom que ma bouche

Essaya de prononcer.

Ne pouvant briser la pierre

Où j'ai nommé leur vainqueur,

Us ont voilé ma paupière ;

Mais la mémoire est au cœur.

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En Tain leurs bandeaux funèbres Ont puni mes faibles yeux; A genoux dans les ténèbres , Ma prière monte aux cieux.

L'épée y dort suspendue ; Comme vous en ce séjour , Mon père , on la croit perdue :

. Mais si je l'atteins un jour!

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