CONTE
IMITE DE 1,'aEABE.
vVétait jadis. Pour un peu d'or, Un fou quitta ses amours , sa patrie.
( De nos jours , cette soif ne paraît point tarie ;
J'en connais qu'elle brûle encor. ) Courageux, il s'embarque; et, surpris par l'orage, Demi-mort de frayeur , il écbappe au naufrage. La fatigue d'abord lui donna le sommeil; Puis enfin l'appétit provoqua son réveil. Au rivage , où jamais n'aborda l'Espérance, Il cherche , mais en vain , quelque fruit savoureux. Du sable , un rocher nu , s'offrent seuls à ses yeux ; Sur la vague en fureur il voit fuir l'existence. L'âme en deuil , le cœur froid , le corps appesanti , L'œil fixé sur les flots qui mugissent encore , Sentant croître et crier la faim qui le dévore , Dans un morne silence il reste anéanti.
La mer , qui par degrés se calme et se retire , Laisse au pied du rocher les débris du vaisseau; L'infortuné vers lui lentement les attire, S'y couche , se résigne , et s'apprête un tombeau.
Tout à coup il tressaille , il se lève , il s'élance ; Il croit voir un prodige, il se jette à genoux. D'un secours imprévu bénir la Providence , Est de tous les besoins le plus grand, le plus doux!
Puis , en tremblant , sa main avide Soulève un petit sac qu'il sent encore humide , Le presse , en interroge et la forme et le poids , Y sent rouler des fruits ,... des noisettes ,... des noix.:. « Des noix ! dit-il, des noix ! quel trésor plein de charmes ! Il déchire la toile. O surprise ! ô tourmens ! « Hélas ! dit-il , en les mouillant de larmes ,
» Ce ne sont que des diamans. »