‹ PoésiesChapitre 87 sur 89 · CONTE D'ENFANT · texte numérisé non relu

CONTE D'ENFANT

Il ne faut plus courir à travers les bruyères , ^ Enfant , ni sans congé vous hasarder au loin. . -

Vous êtes très-petit , et vous ayez besoin Que l'on vous aidé' encore à. dire vos prières 1 Que feriéz-vous aux champs , si vous' étiez perdu? Si vous, ne trouviez plus" le sentier du Village? On dirait : Quoi , si jeune ,41 est mort? c'<estjdbinmage. Vous crîriez.... De* si 'loin /jseriezrvous entendu ? Vos petits compagnons /à rheure.^d^utumée > Danseraient à la porte, et chanteraient tout bas ; Il faudrait leur répondre , en la tenant fermée : « JLTne mère est malade, enfans , ne chantez pas ! Et vos cri* Rediraient : « O ma mère ! 6 ma mère ! » L'écho v^ou* 'répondrait , l'écho tous ferait peur. L'herbe humide et la nuit vous transiraient le cœur. Vous n'auriez à maljger que quelque plante amère ; Point de lait , poinrdë lit !... Il faudrait donc mourir ? J'en, frisonne! venez ! ce tableau fait frémir. Embrassons-nous , et moi je vais dire une histoire ; Ma tendjfe&taj>our vous éveille ma mémoire.

DIVERSES. a3i

« Il était un berger, veillant avec amour

Sur des agneaux chéris , qui l'aimaient à leur tour.

Il les désaltérait dans une eau. claire et saine;

Les baignait à la source, et blanchissait leur lame;

De serpolet , de thym , parfumait leurs repas ;

Des plus faibles encor guidait les premiers pas ;

D'un ruisseau quelquefois permettait l'escalade ;

Si l'un d'eux , au retour , traînait un pied malade ,

Il était dans ses bras tout doucement porté ;

Et , la 'nuit , sur son lit , dormait à son côté ;

Réveillés le matin par l'aurore vermeille ,

Il leur jouait* des airs à captiver l'oreille ;

Plus tard;quand ils broutaient leur souper sous ses yeux».

Aux sons de sa musette, jj les rendait joyeux.

Enfin il ren!en9Sj£ la famille chef ie

Dedans la bergerie^ Quand l'ombre sur les champs jetait son manteau noir ^

M leur disait : • « Bonsoir * » Chers agneaux! sans danger reposez tous ensemble ;. » L'un par. l'autre pressés y demeurez tâbaudement ; » Jusqu'à ce qu'un beau jour se lève et nous rassemble ,. » Sous la garde des. chiens dôàÉez tranquillement. » Les chiens rôdaient alors, et le pasteur sensible Les revoyait heureux, dans un rêve paisible.

Eh! ne l'étaient-ils pas? Tous bénissaient leur sort, Excepté le plus jeune; hardi, malin, ftjflfffe,

,3a POÉSIES

Des fleurs , du miel , des blés et des bob idolâtre, Seul il jugeait tout bas qu* Son maître aurait tort. Un jour, riant d'avance, ©t romlant sa chimère, Ce petit fou d'agneau s'en Tint droit à sa mère, Sage et titille brebis , soumise au bon pasteur.

« Mère ! écoutez , dit-il : d'où yient qu'on nous enferme ? » Les chiens ne le sont pas , et j'en prends de l'humeur» ■ Cette loi m'est trop dure y et j'y veux mettre un terme. » Je vais courir partout , j'y suis très-résolu. » Le bois doit être beau pendant ïe clair de lune ! » Oui , mère, dès ce soir je veux tenter fortune : » Tant pis pour le pasteur , c'est lui qui l'a voulu. «

— « Demeurez , mon agneau , dit la mère attendrie ; » Vous n'êtes qu'un enfant, bon pour la bergerie;

» Restez-y près de moi ! Si vous voulez partir , » Hélas i j'ose pour vous prévoir un repentir. »

— « J'ose vous dire non ! cria le volontaire »

Un chien les obligea tous les deux à se taire ; Quand le soleil couchant au parc les rappela , Et que par flots joyeux le troupeau s'écoula , L'agneau sous une haie établit sa cachette ; Il avait finement détaché sa clochette; Dès que le parc fut clos , il courut à l'entour , Il jouait , gambadait , sautait à perdre haleine.

« Je voyage , dit-il , je suis libre à mon tour ! » » Je ris , je n'ai pas peur ; la lune est claire et pleine : » Allons au bois, danson s, broutons! » Mais, par malheur, Des loups pour leurs enfans cherchaient alors curée : Un peu de laine , hélas ! sanglante et déchirée , Fut tout ce que le vent daigna rendre au pasteur. Jugez comme il fut triste , à l'aube renaissante ! Jugez comme on plaignit la mère gémissante !

« Quoi ! ce soir , cria-t-elle , on nous appellera , » Et ce soir.... et jamais l'agneau ne répondra ! » En l'appelant en vain elle affligea l'Aurore ; Le soir elle mourut en l'appelant encore. »

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