‹ PoésiesChapitre 36 sur 45 · LE CERISIER · texte numérisé non relu

LE CERISIER

Le bon Dieu dit un jour au printemps : — Mets la table Pour le ver et le sers de façon confortable... Et voilà qu'aussitôt, d'un beau feuillage vert, Le cerisier se trouve entièrement couvert.

Le ver, de son côté, se réveille et s'étonne D'avoir pu sommeiller ainsi depuis l'automne ; Puis il baille, en frottant, le pauvret, tant qu'il peut. Ses yeux que le sommeil fatigue encore un peu.

Ensuite il fait entrer ses dents silencieuses Dans ces feuilles qui sont vraiment délicieuses. Tout en se demandant si ce grand cerisier Parviendra, lui tout seul, à le rassasier*

Le bon Dieu dit encor au printemps: — Mets la table

Pour l'abeille et sers-la de façon confortable.

Et voilà qu'aussitôt ce cerisier vert

De blancbes fleurs se trouve entièrement couvert.

L'abeille avec amour dès le matin s'y pose, En se disant, après une légère pause :

— Tiens, si je déjeunais avec ce café-ci !

Il paraît qu'on ne sert qu'en porcelaine ici...

Quelle riche vaisselle I — Et sa langue altérée

Va puiser jusqu'au fond la liqueur éthérée

Qu'elle avale en pensant : — Que c'est doux I-Certe, il faut

Que le sucre à ces gens ne fasse pas défaut.

Le bon Dieu dit plus tard à l'été : — Mets la table Du moineau, puis le sers de façon confortable... Et voilà qu'aussitôt ce cerisier sj vert De cerises se trouve entièrement couvert.

Le moineau dissimule un instant sa surprise, Puis dit, et attaquant du bec chaque cerise :

— Ceci ne peut pas nuire à mon tempérament, Et j'en chanterai même encor plus joliment.

Plus tard le bon Dieu dit à l'automne : — Replie La nappe, car ils ont tous la panse remplie... Et voilà qu'aussitôt la bise du nord part, Et que le givre point aussi de toute part.

Les cerisiers, depuis longtemps jaunes, rougissent ; Puis leurs feuilles, en bas, l'une sur l'autre gisent.

Si bien que toute chose avec le temps revien A cette terre d'où toute chose provient.

Enfin le bon Dieu dit à l'hiver : — Mets en gard Tout ce qu'ils ont laissé dans ces champs, par mégarth Et voilà qu'aussitôt l'hiver jette, à plein van, Sa neige qui va tout couvrir dorénavant.

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