‹ Poésies. Nouv. éd. augm. et précédé d'une noticeChapitre 104 sur 108 · LE PETIT PEUREUX · texte numérisé non relu

LE PETIT PEUREUX

Quoi, Daniel ! à six ans vous failes lo faux brave;

Vous insultez un chieu qui dort; Vous lui tirez l'oreille! et, raillaut votre esclave. Sous ses pas endormis vous dressez une entrave ! L'esclave qui sommeille, ô Daniel, n'est pas moit, Son réveil s'armera d'une dent meurtrière : La preuve en a rougi votre linge en lambeaux. Oui, vous voilà blessé, mais blessé par derrière ! Malgré la nuit, j'y vois. Sauvons-nous des flambeaux. Sauvons-nous des témoins... Moi, je suis votre mère. Je cacherai ta honte, enfant, dans mon amour : Viens! j'ai pitié de toi, car la honte est amère; Bénis Dieu : sa bonté vient d'éteindre le jour.

Personne ne t'a vu lâche et mécliant... Écoute : Pour t'appeler méchant sais-tu ce qu'il m'en coûte? C'est ton nom pour ce soir; subis-le devant moi : Va! personne jamais ne l'entendra que toi. Personne ne t'a vu d'une bête innocente

Tourmenter l'indolent sommeil,

Et, pour irriter son réveil,

Lui simuler sa chaîne absente.

Cher petit fanfaron, c'est lui qui t'a fait peur. Sa gueule était immense, ouverte à la vengeance. 11 te mangeait, Daniel, sans ma tendre indulgence; Et tu fuyais en vain, lié par la stupeur. Il m'a cédé sa proie, il a compris mes larmes;

Et peut-être mi gâteau, que préparait ma main

Pour charmer ton loisir demain, L'a rendu tout à fait clément à mes alarmes. Je l'avais l'ait si beau, si grandi Ne pleure plus : De tes habits l'eau pure effacera la tache; Ton âge n'en a pas oi^i le remords s'attache ! Tout ce qui doit survivie à tes cris superflus, Ce qu'il faut regretter par delà ton enfance. C'est mon sang... oui, le mien! lâchement répandu, Quoi ! sous la dent d'un chien tu l'as déjà perdu, Daniel, et ton pays l'attend pour sa défense!

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