‹ Poésies. Nouv. éd. augm. et précédé d'une noticeChapitre 33 sur 108 · LA CONVALESCENCE · texte numérisé non relu

LA CONVALESCENCE

Un bruit de fête agitait mes compagnes; Sous leurs plus frais atours je les vis accourir;

Elles criaient : u Viens! le bal va s'ouvrir; Viens, nous allons au bal, et tu nous aecompaanos

( Quoi! dans les ch;»mps? quoi! dans ce bonn jardin,

Plus beau, phis vert, jilus l)ruyanl à cette heure,

Si gai le soir, si triste le matin?

Car le matin je sais que l'on y pleure!

Quoi ! vous voulez que je suive vos pas.

Si faible encore? Ob ! je ne danse pas;

Non, dis-je, non. » Mais elles m'entourèrent.

De fleurs, de nœuds en riant me parèrent,

Et, rendue en espoir à l'air pur des valions Riante aussi, je répondis : « Allons!

is.

Oui, cette fête avait pour moi des cbarmes; Oui, j'appelais des cbamps les suaves couleurs ;

Car le zépbyr errant parmi les fleurs Est salutaire aux yeux où se cacbent des larmes.

Mais je dis mal, non, je ne pleurais plus; J'étais de mille maux, de mille biens perdus,

Trop lentement, mais à jamais "uérie.

Hélas! on meurt longtemps lorsque l'on fut trabie !

Je renaissais, j'osais vivre pour moi.

Pour l'amitié de ces beautés aimantes;

A me parer j'aidais leurs mains cbarmantes; J'étais mieux: oui, ma sœur, je le voyais en toi. Dans tes regards émus qu'il m'était doux de lire. Quand tu revis des fleurs couionner mes cbeveux ! Tes tristes souvenirs, ton vague espoir, tes vœux. Ma sœur! je voyais tout à travers ton sourire.

« Regardez-là, disais-tu, qu'elle est bien!

Que manque-t-il à son teint? (ju(^l(iues roses;

Et le grand air, le bi'uit, qui sait? un rien

Peut tout à coup les y répiindre écloses. ))

Je t'écoutais, je ne sais quel j)ouvoir

M'aidait à fuir ma retraite profonde; Je devançais l'instant qui me rendait au monde, A ce monde entrevu, que je voulais ievoii\

Et l'heure frappe, et, par elle entraînées,

Nous avançons deux à deux enchaînées.

Dharmouieux échos promènent dans les airs

[/enchantement des nocturnes concerts.

Le jour fuyait, mais mille autres lumières - Sur mes yeux éblouis font baisser mes paupières.

Il me semblait, oh! quel doux sentiment!

Ciel, pardonnez à l'orgueil d'un moment !

î! me semblait, dans ma reconnaissance.

Que tout daignait sourire à ma convalescence.

Les yeux fermés j'accueillis cette erreur.

Tout caressait mon innocente ivresse;

Autour de moi je sentais le bonheur,

Et le bonheur ressemble à la tendresse.

Mais on nous suit... mais j'entends une voix Que dans mon cœur j'entendis autrefois : Je crois rêver, je l'espère... et ma vue Passe en tremblant sur une ombre imprévue...

Aimable sœur ! ce fut encor ta main Qui, [trompte à me sauver, me montra le chemin De ta frayeur, de ta grâce attendiie.

J'ai murmuré : « Ne suis-je pas guérie? » Et lui, peut-être, ému quelques instants. De me revoir languissante et penchée, Comme mie fleur que l'orage a touchée, Dans ma pâleur il m'obsena longtemps.

Mm ma fierté n'en fut point consternée;

us POESIES.

Nul changement n'a paru dans mes tr;»its; D'un air indifl'érent je me suis détournée : llrlas ! j'ai cm que je mourais!

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