‹ Poésies. Nouv. éd. augm. et précédé d'une noticeChapitre 62 sur 108 · LE DERMER RENDEZ-VOUS · texte numérisé non relu

LE DERMER RENDEZ-VOUS

Mon seul amour! embrasse-moi.

Si la Mort me veut avant toi,

Je bénis Dieu; tu m'as aimée!

Ce doux hymen eut peu d'instants :

Tu vois; les fleurs n'ont qu'un printemps,

Et la rose meurt embaumée.

Mais, quand, sous tes pieds renfermée.

Tu viendras me parler tout bas,

Crains-tu que je n'entende pas?

Je t'entendrai, mon seul amour!

Triste dans mon dernier séjonr, Si le courage t'abandonne.

Et la nuit, sans te commander, J'irai doucement le gronder, Pour te dire : « Dieu nous pardonne ! Puis, d'une voi\ que le ciel doiuie.

Je te peindrai les cieux tout bas :

Crains-tu de ne n l'entendre pas?

J'irai seule, en quittant tes yeux, T'allendre à la porte des cieux.

Et plier pour ta délivrance.

(Ih! dussé-je y pleurer longtemps, Je veux y couler mes instants A t'adoucir quelque souffrance; Puis, un jour, avec l'Espérance, Je viendrai délier tes pas :

Crains-tu que je ne vienne pas?

Je viendrai, car tu dois mourir, Sans être las de me chérir.

Et comme deux ramiers fidèles.

Séparés par de sombres jours, pour monter oii l'on vit toujours.

Nous entrelacerons nos ailes!

Là, nos heures sont éternelles :

Quand Dieu nous l'a promis tout bas, Crois-tu qui' je n'érontais pas?

R(1M\NGES. 191

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