LA MOUCHE BLEUE
Humble fdle de l'air, moucbe bleue et gentille, Qui rafraîcbis ton vol sur d'bumides roseaux, N'es-tn pas le nain des oiseaux?
Non ! tu ne chantes pas, légère volatile : Tu n'as point de plumage, et ton rapide essor M'en l'ait mieux admirer l'invisible ressort. Tu ris de l'oiseleur, tu fais sauver sa joie; Ton picpiant aiguillon le distrait de sa proie,
Et ton bourdonnement moqueur Lui nonuue im})uuément son agile vainqueur. Tu montes jusqu'aux cieux les ailes étendues; Un rayon de soleil te gnide et te soutient; Ta famille dansante et s'y joue et s'y lient, Comme un essaim de Heurs dans les airs répandues. Qu'il est gai de te voir t'y balancer longtemps. Descendre vers la terre, et remonter encore, Y chercher, renaissante au souffle du printemps, Sur ta robe de gaze un reflet de l'aurore ! Violette vivante! à ce peu qu'il t'a fait. Le ciel donna le monde, imprima la pensée, Le sentiment, l'amour, et, sans remords blessée, Pour toi, du moins, l'amour n'est qu'un bienfait i
Je m'amuse à rêver sur ton frêle édifice
Soutenu de frêle piliers,
Si polis et si léguliers, Qu'on les croirait mouvants par artifice.
Hélas ! dans l'âge le plus fort.
Comme toi l'homme tombe; et ce maître du monde
N'a point d'ami qui le seconde
Dans son duel avec la Mort.
0 mouche ! que ton être occupa mon enfance ! Combien, lorsque attristant mon paisible loisir,
'ilO POÉSIES.
Quelque enflint sous mes yeux accourait te saisir, Mes larmes prenaient ta défense !
Petite philosophe, on a médit de toi : J'en veux à la fourmi (|ui t'a cherché (piorelle. Un printemps fait ta vie, en jouir esl ta loi; Es-tu moins prévoyante, es-tu moins riche qu'elle ? Esclave de la terre, elle y rampe toujours; Ses trésors souterrains sont clos à l'indigence; Et, quand il a rempli son avare exigence, Du ciron malheureux elle abrège les jours. Pour toi, souvent rêveuse et souvent endormie, Je t'observe partout avec des yeux d'amie ; Quand la nature est triste, il ne te faut plus rien, Et tu romps avec elle un fragile lien.
Oh ! puisse l'âpre hiver épargner ta faiblesse ! Que l'aquilon jamais ne te soit rigoureux ! Que ton corps délicat, (|u'un rien détruit ou blesse, Trouve contre la brume un foyer généreux ! Atome voyageur, en passant les montagnes. Les ruisseaux, les chemins, les cités, les campagnes, Que Dieu te sauve, hélas ! et du bec d'un oiseau. Et de l'insecte au lin réseau !
CONTE niTTE DE T/ARABE
C'était jadis. Pour un peu d'or, Un fou quitta ses amours, sa patrie.
(De nos jours cette soif ne paraît point tarie;
J'en connais qu'elle brûle encor).
Courageux, il s'emljarque; et, surpris par l'orage. Demi-mort de frayeur, il échappe au naufrage. La fatigue d'abord lui donna le sommeil ; Puis enfin l'appétit provoqua son réveil.
Au rivage, où jamais n'aborda l'Espérance, II cherche, mais en vain, quelque fruit savoureux : Du sable, un rocher nu s'offrent seuls à ses vœux, Sur la vague en fureur il voit fuir l'existence. L'âme en deuil, le cœur froid, le corps appesanti, L'œil fixé sur les flots qui mugissent encore, Sentant croître et crier la faim qui le dévore, Dans un morne silence il reste anéanti.
La mer, qui par degré se calme et se retire. Laisse au pied du rocher les débris du vaisseau; L'infortuné vers lui lentement les attire, S'y couche, se résigne, et s'apprête un tombeau. Tout à coup il tressaille, il se lève, il s'élance; 11 croit voir un prodige, il se jette à genoux. D'un secours imprévu bénir la Providence Est de tous les besoins le plus grand, le plus doux ! Puis, en tremblant, ses mains avides
Touchent le lin mouillé, rempli de grains humides; Il presse, il interroge et la forme et le poids, Y sent rouler des fruits... des noisettes... des noix... « Des noix ! dit-il, des noix ! Quel tréï-oi- jjlein de charmes! » 11 (k'chire la toile. 0 surprise! ô tourments! « llrlas! dit-il en versant quelques larmes, {]v ne sont que des diamants ! »