ALPHONSE DE LAMARTINE
r.éjoinssez-vous avec ceux qui se réjouissent, et titrez avec ceux qui pleurent.
Imitation de J. C
Triste et morne sur le rivage Oii l'espoir oublia mes jours, J'enviais à l'oiseau sauvage Les cris qu'il pousse dans l'orage, Et que je renferme toujours !
Et quand l'eau s'enfuyait, semée De tant d'heures, de tairt de mois, Sous ma voile sombre et fermée, D'une vie autrefois aimée Je ne traînais plus que le poids !
J'osais, au fond de ma misère, Rêvant sous mes genoux plies.
Sans haleine pour ma prière.
Murmurer à Dieu: u Dieu mon père!
Mon père ! vous nous oubliez î
l' LEURS ET PAU VUES FLEURS 26^
(( Vous ne donnez repos, ni trêve, Kl calme à notre errant csqnir, Tantôt écboné snr la grève, Tantôt emporté comme im rêve, Perdn dans l'orage on captif !
(( Partout où le malheur l'égaré, Une mère a peur de mourir; J'ai peur : j'ose nommer barbare Le destin, mobile et bizarre, Qui fit mes enfants pour souffrir î
« Qui prendra la rame affligée Quand la barque, sans mouvement, De mon faible poids allégée.
Leur paraîtra vide, changée, Et sur un pins morne élémeiit?
(( Sans char, sans prêtre, au cimetière
Leur piété me conduira;
Puis, d'un peu de buis ou de lierre.
Doux momuneut de sa prière,
Le plus tendre me couvrira ! . . . »
ïont passe ! et je vis disparaître L'orage avec l'oiseau plongeur; Et sur mon étroite fenêtre La lune, qui venait de naître, Répandit sa douce blancheur.
j'étendis mes bras devant elle, Comme pour atteindre un ami
llont le p;is, vivant et fidèle, Tout à coup an cœur se lévMe Sur le seuil, longtemps endormi.
Je ne sais quelle voix puissante Retiut mon souffle suspendu; Voix d'en haut, brise ravissante, Qui me relevait languissante, Comme si Dieu m'eût répondu î
Mais pour trop d'espoir afiaiblie.
Et voilant mes pleurs sous ma main, J'ai dit dans ma mélancolie :
u Lorsque tout m'ignoie ou m'oublie, Quel ange est donc sur mon cbemin? »
(l'était vous! j'entendis des ailes Battre au milieu d'un ciel plus doux : VA sur le sentier d'étincelles <Jne formaient d'ardentes parcelles, L'ange qui venait, c'était vous !
Oui, du haut de son vol sublime Lamartine jetait mon nom.
Comme, d'une invisible cime, A la barque, au bord de l'abîme, Le ciel ému jette un rayon !
Doux conmie une voix qui pardonne, l)(>.puis que ton soulfle a passé Sur mon front pâle et sans couronne, l'nc sainte pitié résonne Autour de mon sort délaissé !
Jamais, dans <on errante alarme,
La Périy pour porter aux cieux,
Ne puisa de plus humble larme
Que le pleur, plein d'un triste charme,
Dont tes chants ont mouillé mes yeux !
Mais, dans ces chants que ma mémoire Et mon cœur s'apprennent tout bas, Doux à lire, plus doux à croire.
Oh ! n'as-tu pas dit le mot gloire?
Et ce mot, je ne Fentends pas;
Car je suis une faible femme, Je n'ai su qu'aimer et souffrir; Ma pauvre lyre, c'est mon âme, Et toi seul découvres la flamme D'une lampe qui va mourir.
Devant tes hymnes de poët(^, D'ange, hélas 1 et d'homme à la lois, (^'tte lyre inculte, incomplète, Longtemps détendue et nmette, Ose à peine prendre imc voix.
Je suis l'indigente glaneuse Qui d'un peu d'épis oubliés A paré sa gerbe épineuse, Quand ta charité lumineuse Verse du blé pur à mes pieds.
Oui! toi seul auras dit : —Vit-elle? — Tant mon nom est mort avant moi !
Et, sur m;i toniho, riiiroiulcllc Frappera seule d'un coup d'aile L'air harmonieux comme loi !
Mais toi! dont la gloire est entière.
Sous sa belle égide de fleurs, Poëte! au bord de ta paupière, Dis vrai : sa puissante lumière A-t-elle arrêté bien des pleurs?
Kous faisons suivre celte pièce de madame Deshordes-Valmore des beaux vers qui lui avaient élc adressés par M. de Lamartine Nos lecteurs nous sauront si'édeles trouver ici.